M. Filson cite ensuite d'anciennes ruines, des restes de fortifications, des tombeaux d'une structure toute différente de ceux des sauvages. Il croit d'autant plus volontiers que ce sont des restes d'ouvrages gallois, que les sauvages n'ont pas l'usage du fer: raisonnement peu concluant et fondé sur une erreur de fait. Ce qui suit a plus d'autorité.

«Benjamin Beatty, ministre de l'Eglise anglicane, lui-même Gallois, se trouvant en Virginie, et voulant repasser dans la Caroline, fut rencontré par une troupe de sauvages. Ceux-ci l'ayant reconnu Anglais, l'arrêtèrent avec ses compagnons, les attachèrent à des arbres, et se disposaient à le percer de flèches. Près de mourir, il se recommanda à Dieu, et dit son Pater tout haut dans sa langue. Ces sauvages étonnés qu'il parlât leur langue, accoururent à lui, l'appelèrent frère, le délièrent lui et les autres, et les menèrent à leur village. Il y vit une peuplade toute galloise, où se conservait la tradition du passage de Madoc. On le conduisit ensuite à l'Oratoire, où on lui mit en main un rouleau de peau, dans lequel était soigneusement conservé un manuscrit de la Bible en langue galloise. Beatty revint à Londres avec quatre de ces Gallois, pour demander des ministres de la religion, et publia cet évènement dans un petit ouvrage intitulé: «Journal of two months».

M. Le Brigant, le savant Celte, dit à M. de Villebrune, qu'il s'était trouvé à Londres peu de temps après, et qu'il s'en était procuré un exemplaire. Il y est parlé d'un nommé Sutton qui, ayant été fait prisonnier par ces sauvages, eut occasion de voir la peuplade. Les habitations y étaient Bien mieux construites que celles de tous les autres sauvages; on y voyait partout de l'art, et un peuple n'ayant rien de commun avec ses voisins par la manière de vivre.

Pour laisser parler de nouveau M. de Villebrune' «Je ne fais que rappeler, dit-il, que le célèbre Cook, a trouvé au nord de la Californie une partie de l'ancienne colonie Galloise, refoulée par les autres sauvages, comme la masse de la peuplade, a été forcée de quitter son ancien local, lorsque les Espagnols s'emparèrent du Mexique, et je passe à un monument publié à Londres en 1777, in-8vo, par M. Owen, le jeune, dans un recueil d'antiquités bretonnes, p. 103: j'en traduira littéralement l'essentiel.»

«Ces présentes attesteront à toute personne quelconque, qu'en 1669, étant alors chapelain du major-général Bennet, M. William Berkeley envoya deux vaisseaux, pour découvrir le lieu qu'on appelait alors Port-Royal, mais maintenant Sud-Caroline, qui est à soixante lieurs au sud du Cap Fair, et j'y fus envoyé avec eux pour en être le ministre.

«Nous partîmes le 3 avril pour la Virginie, et arrivâmes à l'embouchure du Port-Royal, le 19 du même mois. Les petits vaisseaux qui étaient avec nous remontèrent la rivière jusqu'à l'endroit appelé Oyster Point. Nous nous y arrêtâmes sept à huit mois, c'est-à-dire, jusqu'au 10 novembre suivant. Epuisés, pour ainsi dire, par une faim pressante, faute de vivres nécessaires, moi et cinq autres nous allâmes battre les champs, voyageant dans un désert, et nous vînmes enfin dans la contrée de Tuscaroras, où les Indiens du pays nous arrêtèrent, et nous firent prisonniers, parce que nous leur dîmes que nos vaisseaux étaient chargés pour Roanoake: or, ils étaient en guerre avec les Anglais à Roanoake. Ils nous conduisirent donc dans leur peuplade cette nuit-là, et nous enfermèrent seuls dans une maison. Le jour suivant ils tinrent un Machcomoco ou conseil à notre sujet, et après la délibération, l'interprète vint nous dire de nous préparer à mourir le lendemain. Consterné de cette décision, je m'écriai dans ma langue bretonne: «n'ai-je donc évité tant de dangers que pour mourir assommé comme un chien?» A ces mots un Indien vint à moi (il me parut être un des capitaines de guerre du Chef des Doëgs, dont l'origine me semble devoir rapportése aux Gallois). Cet Indien me prit par le milieu du corps, et me dit en breton: non, tu ne mourras pas. Sur le champ, il alla trouver le Chef des Tuscaroras, pour traiter de ma rançon. Après cela, ils nous conduisirent à leur ville, et nous traitèrent avec humanité pendant quatre mois. Je parlai avec eux de nombre de choses en langue bretonne, et je leur fis trois prêches par semaine. Ils se fesaient un plaisir de me communiquer leurs affaires les plus difficultueuses, et quand nous les quittâmes, ils agirent à notre égard avec beaucoup de civilité et de bonté. Ces sauvages ont leur habitation près de la rivière Pantigo, non loin du Cap Atros. Tel est le récit de mon voyage chez les Indiens Doëgs.

«A New-Iork, 10 mars, 1685-6, Morgan

Jones, fils de John Jones, de Basleg,

près de Newport, dans la province de

Monmouth.