«Je trouve dans les Annales Bretonnes que le Prince Madoc, fils d'Owen Gwynned, fils de Griffith, fils de Conan rendait hommage à Guillaume le Conquérant pour certaines terres d'Angleterre. Fatigué de la lutte qui s'était allumée entre ses frères David, Howell et Jorwerth, chacun d'eux prétendant avoir part dans les domaines de leur père, selon la coutume de Gavel Keing [160]. Il s'aperçût en même temps que les Normands, leurs nouveaux voisins, étaient près de leur enlever tout. Ne pouvant rétablir la paix, il résolut de chercher un asile dans quelque terre éloignée du globe, tant pour lui que pour sa postérité. Il fit ses préparatifs et partit en 1170, le seizième de Henri II. Ayant mis à la voile par un vent favorable, il passa en quelques semaines du pays de galles dans une nouvelle terre qu'il découvrit vers l'Ouest. A son arrivé, il y trouva tous les vivres dont il avait besoin, un air frais et salubre, de l'eau douce, jusqu'à de l'or, et tout ce qu'il pouvait raisonnablement désirer. Il s'y arrêta, y établit ceux qu'il avait amenés. (Vers la Floride et le Canada, comme mes auteurs le pensent).
Note 160:[ (retour) ] Vide Blackstone.
Après y avoir passé quelque temps pour y mettre tout en ordre, et élever les fortifications nécessaires à une défense assurée, il se décida à retourner dans sa patrie, pour en amener un plus grand nombre de colons. Il partit donc laissant 120 hommes à sa nouvelle habitation, comme l'attestent Cynvrick fils de Grono, Meredith fils de Rice, Gaton et Owen. Dirigé par la Providence, qui est la meilleure boussole, et par la vue de l'étoile polaire, il arriva heureusement après un long voyage, raconta les succès qu'il avait eux, la fertilité du sol, la simplicité des sauvages, l'abondance qu'il y avait trouvée, et combien il était facile de faire la conquête de ce pays. Il engagea donc nombre de ses compatriotes à partir avec lui. Ils se hasardèrent sur des barques chargées de provisions, et arrivèrent heureusement à la colonie. Madoc n'y retrouva en vie qu'un petit nombre de ceux qu'il avait laissés. Les uns étaient morts par leur excès dans le manger, d'autres par la perfidie des barbares; mais les nouveaux venus ayant considérablement fortifié la peuplade, il disposa tout de manière à n'avoir plus à craindre aucun ennemi. L'abondance, la sécurité, un contentement parfait firent bientôt oublier l'ancienne patrie. Personne n'y retourna, et après quelques générations, ce fut un fait totalement oublié.
«D'ailleurs les écrits qui constatent ce voyage, les vers des poëtes Gallois, et les généologistes décident la question. La vérité est encore plus sensible quand on sait combien il reste de noms Bretons dans ces contrées. Tels sont par exemple Pengouin, tête blanche, nom donné à un oiseau qui a la tête blanche: ou aux pointes nues des rochers, gwyn-dwr, blanche eau, bara, pain, mam, mère, tad, père, clugar, coq de bruyère, ilinog, un renard, wy, oeuf, calaf, tuyau de plume, trwyn, nez, neaf, le ciel, mots connus également en Armorique.
«Mais la lettre de Jones est un monument incontestable. Un homme qui a été quatre mois parmi les sauvages, qui a prêché trois fois par semaines dans sa langue, que ces gens entendaient, à qui ils fesaient part de leurs affaires dans sa langue, étaient certainement de la même nation, quelque léger changement que le temps eût opéré dans l'idiome.»
Sur l'autorité de ces pièces traduites servilement par M. Lefebvre de Villebrune, je dirai que le voyage de Madoc n'est plus une chimère, et qu'il a eu lieu sans presque nul doute. Mais fut-ce sans boussole. Ne doit-on pas prendre pour l'oeuvre de demi-savans ces petits dictionnaires d'inventions que l'on publie, partout en France? Ils attribueront à Marco Paulo la découverte de la boussole: il la prit tout au plus de l'Orient. Il paraît même que les Chinois la connaissaient à une époque fort ancienne. Bien plus, Albert le Grand dont M. de Villebrune cite le traité des métaux, florissait à peu près dans le même temps que Madoc. Or, il parle de la boussole, comme d'une chose connue, et fait aussi dire à Aristote, que les marins se servaient d'un fer aimanté, qui se tournait vers le pole septentrional. Flavio, Seigneur de Goïa, ne découvrit pas plus ce que les troubadours chantaient avant lui. Il est au reste à peine croyable que les Normands songeassent sérieusement à leurs colonies de Groënland et de Vinland, sans boussole; et si on l'accorde ainsi, on croira qu'ils durent la communiquer l'Angleterre, et que Madoc en fit usage. Il put aussi avoir eu quelque vent des expéditions des Scandinaves, dont les Normands devaient avoir encore quelque souvenir.
Mais ce qu'il est plus difficile de connaître, c'est le lieu ou débarqua réellement Madoc. On a vu figurer tour à tour La Caroline, la Floride et le Canada. Il est plus commode de croire que plusieurs des nations que l'on a trouvées sur ce continent descendaient de la colonie galloise. Cela est probable pour les Tuscaroras peuple puissant et fort intéressant. Les Anglais le détruisirent en parti dans trois combats sanglans, et ses restes vinrent former en 1712, un sixième Canton Iroquois. Le célèbre Kussick appartient à cette tribu, et l'on peut dire qu'il est originaire de l'antique Albion. Mais le peuple le plus certainement descendu des Gallois (c'est l'opinion de Filson et de Gallatin) était celui des Mandans, remarquable par la blancheur de ses individus. Une peste a anéanti, en 1832, les deux bourgs qu'ils possédaient sur le Missouri.
CHANT DES SAUVAGES DU CANADA
(Tiré de l'Encyclopédie Canadienne.)