J'ai parlé plus haut de Netam, Grand-Chef du Nord-ouest, vainqueur des Sioux et défenseur des Anglais. Son fils ne fut pas moins en faveur auprès de la compagnie. Il prononça un discours très remarquable durant les troubles de 1814.
Le Chef entre dans la salle d'assemblée tenant un collier de rassades.
Négocians, mes enfans, dès que j'appris l'embarras où vous étiez ici, mon coeur devint affligé et des larmes coulèrent sur mes joues.
Mais je m'aperçus qu'il ne fallait pas donner le temps à la douleur. Nos négocians, nos amis, nos protecteurs, étaient environnés de dangers. Je poussai le cri de guerre, et voyez qu'il fut entendu, car mes jeunes gens sont tous avec moi.
Nous sommes à présent comme entourés par ce collier. C'est ainsi que nous avons en haut les Sioux à contenir, et en bas, il paraît, des jardiniers à combattre. Que sont donc ces jardiniers? Quel motif les a fait venir ici? Qui leur a donné nos terres, et pourquoi veulent-ils empêcher nos négocians d'acheter tout ce que nous pouvons leur livrer sur nos domaines?... Mais il semble que ces étrangers se regardent comme les véritables possesseurs de ce grand lit, et qu'à la faveur de cette prétention extraordinaire, ils veulent vous empêcher de demeurer ici, et vous enlever ces provisions que vous avez trafiquées sur notre rivière, dans l'espoir sans doute d'asservir le pays et mes jeune gens, une fois qu'ils seront privés de leurs protecteurs.--Quant à ces nouveaux venus nous ne pourrons jamais les regarder comme tels.
L'été dernier, vous m'appelates avec mes jeunes gens, et je vins vous joindre dans votre grande cabane. Mais je vis que vous n'aviez pas besoin de mes guerriers; je laissai néanmoins ma massue dans la cabane en cas d'un nouvel appel. Certes! je ne me serais point douté que j'eusse à combattre des blancs sur ces terres, contre des blancs surtout qui viennent du même pays que vous, et vous tous, aussi bien que les sauvages, obéissant à un même Père.
Mais je vois que les jardiniers sont déraisonnables. Notre résolution commune est donc de renverser toutes les barrières: c'est le voeu de mes jeunes gens. C'est aussi notre intérêt, car si vous mourez, qui aura pitié de nos femmes et de nos enfans.
Vous dites néanmoins que pour le moment vous en êtes venus à un accommodement avec ces gans-la--j'en suis bien aise, et je remercie le maître de la vie de ce que mon collier de rassade ne sera pas teint du sang des blancs sur ces terres-ci. Je désirerais vous aimer tous; mais ma vie et mon coeur sont à ceux qui gardent les ossemens de mon père. Si donc vous ne pouviez vivre en paix avec ces jardiniers, nous les chasserions de la rivière Assiniboane.
Je vois déjà un grand changement sur ces terres. Quand nous venions camper autour des forts de nos négocians, mes enfans étaient habituellement nourris de bonne viande broyée dans la graisse, mais ce printems-ci, la disette et la faim nous ont forcés de laisser le fort plutôt que je ne me l'étais proposé; car j'aurais désiré n'en partir qu'après que les nuages noirs qui paraissent suspendus sur le fort auraient été dissipés.
Quelques uns des négocians ont peut-être pensé alors que je voulais abandonner la partie. Main non, je n'avais pas une pareille intention. Voyant que vous n'aviez pas une bouchée de vivres à donner à vos propres enfans, je fus obligé d'aller chercher quelque chose pour les mines. Ce ne fut pas le bruit de quelques mauvais oiseaux qui me fit éloigner. Mon empressement à me rendre ici pour soutenir votre cause, doit être la preuve de mon attachement aux négocians.--Voilà ce que j'ai dit, et je n'ai, moi, qu'une parole.