Note 39:[ (retour) ] Il était neveu de Satouriona, et parfait chevalier è sa manière.

Content de sa vengeance, Gourgues partit au grand regret des naturels qui lui firent promettre de revenir après douze lunes. Mais il fut mal reçu à la cour de France intimidée par les menaces de Philippe II, et la France n'éprouva depuis que des affronts au sujet de la Floride.

Délivrés pour quelque temps du voisinage des farouches Espagnols, les sujets de Satouriona durent prospérer davantage. Je ne laisserai point ce Chef, ni Olata, sans hasarder quelques réflexions sur leur caractère. Andusta, Potavou, paraissent avoir été des hommes remarquables: Satouriona et le Grand Olata sont des héros. Ce dernier nous rappelle les grands rois des premiers temps. Agamemnon, réduit à ses propres forces, devait être moins puissant, et il n'intéresserait pas plus; mais Homère a chanté la guerre de Troie! [40] Jamais prince ne fut mieux obéi de ses sujets que ce Paraousti de Floride, et nul ne fut plus redouté de ses ennemis. Lorsqu'il tomba entre les mains de Laudonière, Satouriona offrit aux Français de leur rendre son amitié, s'ils consentaient à le lui livrer. Potavou conseilla de le tuer, et les plus grands Paraoustis voulurent le contempler dans les fers. M. Roux-de-Rochelle [41] a parlé avec éloge de ce sauvage qui, trahi par Laudonière, ne voulut pas manquer envers lui de générosité.

Note 40:[ (retour) ] M. le Président Hénaut fait la même réflexion par rapport aux gaulois. «La Grèce nous rappelle des idées plus agréables que la Suève et la Pannonie. Troie et Carthage nous semblent plus grandes que Tolbiac et Orléans, parce que l'Iliade et l'Eneide sont de plus beaux poëmes que ceux de Clovis et de la Pucelle.»

Note 41:[ (retour) ] Envoyé de France aux E.-U., a écrit sur l'Amérique avec la pureté des beaux écrivains du siècle de Louis XIV, et avec plus de grâce.

Satouriona, moins élevé en puissance, offre encore plus d'intérêt. Comme guerrier, il réclame un rang distingué parmi ses compatriotes. Ses ennemis redoutaient son courage, et Molona, qui paraît avoir été l'orateur habitué d'Olata, le peignit aux ambassadeurs français comme le plus terrible ennemi de son maître. Comme politique, son habileté paraît par toute sa conduite. Arrès avoir tout fait pour s'acquérir l'amitié des Français, il sait punir leur ingratitude, et se fait craindre sans se faire haîr.

Mais rien ne lui fait tant d'honneur que son humanité. Pierre de Broy, jeune homme échappé au massacre de Caroline, trouve auprès de lui une protection efficace, lorsque les siens ne sont pas en sûreté. Il re rend sain et sauf au capitaine Gourgues.

Le caractère du Paraousti s'étend à tout son peuple. Les voyageurs ont admiré ses moeurs [42] et n'ont point mentionné sa cruauté: les Espagnols, les Français d'alors souffriraient à la comparaison. La Floride fut depuis une proie disputées avec acharnement; elle fut le théâtre de cruautés inouïes, d'exemples de la supercherie européenne les plus frappans, en oeuvre contre les plus innocentes peuplades [43]. Rarement imitèrent-elle ces barbaries. Elles aperçurent trop tard la nécessité de s'armer pour leur indépendance.

Note 42:[ (retour) ] Les habitans de la Floride, dit Madame de Genlis, font tous les ans une offrande solennelle au soleil. Ils remplissent d'herbes de toute espèce la peau d'un grand cerf; ensuite ils la parent de guirlandes et des fruits de la saison, puis ils l'attachent au haut d'un arbre. Ils dansent autour en chantant des hymnes.

Note 43:[ (retour) ] C'est le lieu d'appliquer la réflexion d'un des plus sages princes: «Quiconque, disait Théodoric, forme, pour détruire une nation, des projets iniques, témoigne assez aux autres qu'il n'observera pas la justice envers elle.» Les sauvages l'ont éprouvé. On peut encore citer les vers de Charles Churchill, le Juvénal anglais:

Cast by a tempest on a savage coast,

A roving buccaneer set up a post.

A beam in proper form transversely laid,

Of his Redeemer's cross the figure made.

His Royal Master's name thereon engrav'd,

Without more process the whole race enslav'd,

Cut off that charter they form nature drew,

And made them slaves to men they never knew.