En 1669, Garrangulé obtint aux PP. Bruyas et Garnier la permission de s'établie à Onnondagué pour y prêcher l'Evangile; il les logea chez lui, et leur fit bâtir une chapelle. Peu content de ces premières démarches, il vint à Québec pour obtenir d'autres missionnaires, et l'on confia encore à ses soins les PP. Carheil et Millet.

Environ ce temps les Iroquois et les Outaouais, recommencèrent à se poursuivre à outrance. M. de Courcelles, alors gouverneur, qui le prenait toujours sur un ton fort haut avec les sauvages, prétendit leur faire accepter sa médiation, et en reçut une réponse pleine de fierté. Garrangulé vint cependant à Québec, et renouvella l'alliance avec le gouverneur-général. Il choisit cette occasion solennelle pour se déclarer chrétien. Il reçut le baptême de la main de l'Evêque de Pétrée, et il eut pour parrain M. de Courcelles, et pour marraine Mademoiselle De Bouteroue, fille de l'Intendant ad interim. Tous les députés des nations furent présens et l'on n'oublia rien pour célébrer avec pompe cet évènement, qui devait en effet répandre un grand lustre sur les Cantons, si l'on considère qu'un Sagamo illustre, enfant des forêts du nouveau monde, fut régénéré par un prélat issu des Montmorency, sortis eux-mêmes des anciens rois de l'Heptarchie anglo-saxonne [99], et qu'il s'allia avec le plus grand monarque, alors, de l'Europe.

Note 99:[ (retour) ] V. de Sismondi, Histoire des Français.

On sait le mauvais pas où s'engagea le marquis de la Barre, en 1685, pour avoir voulu châtier les Cayougué et les Tsononthouans. Les trois autres Cantons se firent médiateurs et envoyèrent des députés au-devant du général. Garrangulé trouva l'armée française aux abois dans une anse qui, depuis, fut appelée l'Anse de la Famine: elle s'appelait Kaihohague, en iroquois. Je doute si l'on a pu dire avec exactitude, comme je l'ai répété moi-même dans le No. 8 de l'Encyclopédie Canadienne, que Garrangulé parla comme de coutume, avec beaucoup de modération; il faut ajouter, du moins, avec une grande fermeté. Je fesais alors deux personnages différens de Garrakonthié, comme disaient les Français, et de Garrangulé, selon l'orthographe anglaise. C'est ce qui me fesait dire «qu'un Chef de la même tribu, Garrangulé, fit un discours fort hardi, et sut se donner tout l'honneur du traité fameux, par lequel le marquis de laBarre fut obligé de décamper honteusement.»

J'ajoutais le paragraphe suivant:

«Garrakonthié entra dans la suite dans tous les plans du P. De Lamberville, et parut favoriser les Français, même après l'indigne trahison de Cataracouy (Cadaracui). Cependant quoiqu'il pût dire ou faire, il ne put empêcher le massacre de la Chine, fait par les Agniers (Mohacks) principalement. Il semble qu'il perdit même la confiance des autres Cantons et de ses compatriotes d'Onnondagué, car la guerre recommença, devint générale...» Tout est ici fondé sur l'erreur. Garrangulé cessa d'être l'ami des Français quand ils devinrent perfides, et il soutint l'honneur de sa nation. Il mourut ver 1698.

On a parlé de la conduite régulière de cet illustre Iroquois dans la vie privée, de la pureté de ses moeurs avant même qu'il ne fût chrétien. C'est de lui qu'un de nos poëtes a dit:

Salut O! mortel distingué

Par la droiture et la franchise

Dont la candeur fut la devise,