Note 100:[ (retour) ] Louis XIV, monarque ignorant des droits de l'homme, écrivait à M. de Labarre: «Comme il importe au bien de mon service de diminuer autant qu'il se pourra le nombre des Iroquois, et que d'ailleurs, ces sauvages, qui sont forts et robustes, serviront utilement sur mes galères, je veux que vous fassiez tout ce qui sera possible pour en faire un grand nombre prisonniers, et que vous les fassiez passer en France.

Houreouaré le suivit avec les Iroquois qui vivaient encore en France. La flotte arriva à Chedabouctou, le 12 Septembre, 1689, et alla de là à l'île Percée, où l'on apprit des missionnaires la nouvelle de l'irruption des Iroquois dans l'île de Montréal. On prit incontinent la route de Québec. Le comte, et Houreouaré en partirent le 20, et arrivèrent le 27 à Montréal, où ils furent témoins du triste état dans lequel la vengeance des Cantons, et en particulier des Mohacks, avait réduit les habitans. Les Iroquois, rassasiés de sang, envoyèrent Sadekanatie (Gagniegaton) auprès du nouveau gouverneur qui, par le conseil d'Houreouaré, lui confia quatre des Chefs que l'on avait ramenés de France. A l'arrivée des captifs, les cantons tinrent un grand conseil, et envoyèrent leur réponse par le même ambassadeur, qui arriva le 9 mars, 1695, à Montréal où, dans une entrevue avec M. de Callières, il affecta de dire qu'il avait tué quatre prisonniers français par représailles, et les avait mangés. N'ayant trouvé ni M. de Frontenac ni Houreouaré, il descendit à Québec, où le comte feignit de ne vouloir pas traiter avec un homme qui parlait avec tant de rudesse. Houreouaré conduisit toute la négociation, et parut même agir en son propre nom. Il remit à Gagniegaton huit colliers dont il donna l'explication selon l'usage, et le chevalier d'Eau eut ordre de l'accompagner comme ambassadeur; démarche qui contribua à rendre encore plus difficiles les Iroquois déjà enorgueillis par l'évacuation et la démolition de Cadaracui, ordonnées par le précédent gouverneur, et par les craintes que manifestaient les Outaouais.

M. de Frontenac, chagrin de voir le mauvais succès de ses efforts pour amener les Cantons à des dispositions plus pacifiques, voulut s'en prendre à Houreouaré, et lui dit qu'il avait cru que la reconnaissance de ses bienfaits l'aurait porté à faire ouvrir les yeux à ses compatriotes, et qu'il fallait, ou qu'il fût bien insensible à ses caresses, ou que sa nation fît bien peu de cas de lui, s'il n'avait pu lui inspirer des sentimens plus conformes à ses véritables intérêts.

Houreouaré dut être d'autant plus piqué de ces reproches qu'il les méritait moins: il sut néanmoins se contenir, et sans laisser paraître la moindre altération, il pria le général de vouloir bien se souvenir qu'à son retour d'Europe, il avait trouvé les Cantons étroitement alliés avec les Anglais, et tellement irrités contre les Français, dont la perfidie les avait, pour ainsi dire, forcés de contracter cette alliance, qu'il était devenu nécessaire d'attendre et du temps et des circonstances, des dispositions plus pacifiques.

Cette réplique, pleine de raison et de sagesse, fit revenir le général de sa mauvaise humeur: il rendit ses bonnes grâces à Houreouaré, et travailla même à se l'attacher de plus en plus. L'Iroquois se fit chrétien, et suivit même les Français à la guerre contre ses compatriotes. Il se trouva avec MM. de Vaudreuil et Crisasi, à l'affaire de St. Sulpice, où l'on tua soixante Oneidé (Onneyouths). Il commanda un corps au combat disputé de Laprairie de la Madeleine, où il fit des prodiges de valeur. A peine sort de cette lutte, il se mit à la poursuite d'un parti d'Iroquois qui venaient de fondre sur la colonie. Il les atteignit à un endroit appelé le Rapide Plat, sur le chemin de Cadaracui, et leur enleva leurs prisonniers; puis il descendit à Québec où M. de Frontenac le combla d'éloges et d'amitiés. L'auteur de l'ode des Grands Chefs l'excuse d'avoir fait la guerre contre les siens:

Avec les canadiens, parfois

Avec les enfans de la France

S'il porta l'épée ou la lance,

Contre les Iroquois,

Ne le croyons point lâche, et traître à sa patrie