Je vous admire et je vous aime,
Lorsque, rival de d'Aguesseau,
Aux yeux d'un Tribunal suprême
De loin vous montrez le flambeau.
Je vous aime, lorsque vos larmes
Coulent pour les maux des humains,
Et quand de la veuve en alarmes
Les pleurs sont séchés par vos mains.
Mais lorsqu'admis à nos mystères,
Je vous vois, le verre à la main.
Assis au nombre de mes frères,
Animer ce charmant festin,
Quand votre coeur joyeux présage
Nos jeux et nos aimables soins,
Je vous aime encore davantage
Et ne vous admire pas moins.
O des magistrats le modèle!
Quand vous signalerez pour nous
Votre indulgence et votre zèle,
Vous serez applaudi de tous.
Vous devez aimer nos mystères;
Car en quel lieu trouverez-vous
Des coeurs plus unis, plus sincères.
Des plaisirs plus vrais et plus doux?
Des guirlandes qui nous sont chères
Aimez donc aussi les appas,
Et, dès cet instant, à vos frères
Ouvrez votre coeur et vos bras.
Pardon, Amour, pardon, Glycère,
Je conviens que, dans ce moment,
A vos doux baisers je préfère
Celui d'un magistrat charmant.
(Cette poésie a été reproduite par M. A. J. Paris, dans la Jeunesse de Robes- Pierre, p. 180, par M. Victor Barbier, dans Les Rosati, page 5l, par M. Jean- Bernard, dans Quelques vers de Robespierre, page 43.)
Note : Cette chanson a été dite par Maximilien Robespierre dans une fête des Rosati, le 22 juin 1787; la société recevait, ce jour-là, M. de Foacier de Ruzé, avocat au Conseil d'Artois et l'un des plus éminents magistrats de la province.
- La coupe vide
O dieux! Que vois-je, mes amis?
Un crime trop notoire
Du nom charmant des Rosatis
Va donc flétrir la gloire!
O malheur affreux!
O scandale honteux!
J'ose le dire à peine
Pour vous j'en rougis,
Pour moi j'en gémis,
Ma coupe n'est pas pleine
Eh! vite donc, emplissez-la
De ce jus salutaire,
Ou du Dieu qui nous le donna
Redoutez la colère.
Oui, dans sa fureur,
Son thirse vengeur
S'en va briser mon verre;
Bacchus, de là-haut,
A tous buveurs d'eau
Lance un regard sévère.
Sa main, sur les fronts nébuleux
Et sur leur face blême,
En caractères odieux
Grava cet anathème,
Voiez leur maintien,
Leur triste entretien.
Leur démarche timide;
Tout leur air dit bien
Que comme le mien
Leur verre est souvent vuide.