—Et tu parvins jusqu'au fort de Bent, sain et sauf, j'imagine?

—Ou-ou-i. J'écorchai les bêtes avec une pierre tranchante, et je me fis une espèce de chemise et une sorte de pantalon. Le vieux nègre ne se souciait pas de donner à rire à ceux du fort en y arrivant tout nu. Je fis provision de viande de loup pour ma route, et j'arrivai en moins d'une semaine. Bill se trouvait là en personne; vous connaissez tous Bill Bent? Ce n'était pas la première fois que nous nous voyions. Une demi-heure après mon arrivée au fort, j'étais équipé, tout flambant neuf et pourvu d'un nouveau rifle; ce rifle, c'était Tar-guts, celui que voilà.

—Ah! c'est là que tu as eu Tar-guts, alors?

—C'est là que j'ai eu Tar-guts, et c'est un bon fusil. Hi! Hi! hi! Je ne l'ai pas gardé longtemps à rien faire. Hi! hi! hi! Ho! ho! ho!

Et Rubé s'abandonna à un nouvel accès d'hilarité.

—A propos de quoi ris-tu maintenant, Rubé? demanda un de ses camarades.

—Hi! hi! hi! de quoi je ris? hi! hi! hi! ho! ho! C'est le meilleur de la farce. Hi! hi! hi! de quoi je ris?

—Oui, dis-nous ça, l'ami.

—Voilà de quoi je ris, reprit Rubé en s'apaisant un peu. Il n'y avait pas trois jours que j'étais au fort de Bent, quand… Devinez qui arriva au fort?

—Qui? les Rapahoès, peut-être?