—Et vous croyez qu'elle vit encore?

—Je le sais. Le même individu qui m'a donné ces nouvelles, et qui, le pauvre diable, y a laissé sa chevelure et ses oreilles, l'a vue souvent. Elle est devenue, m'a-t-il dit, parmi ces sauvages, une sorte de reine possédant un pouvoir et des privilèges particuliers. Oui, elle vit encore, et si je puis parvenir à la retrouver, à la ramener ici, cette scène tragique sera la dernière à laquelle j'aurai pris part; je m'en irai loin de ce pays.

J'avais écouté avec une profonde attention l'étrange récit de Séguin. L'éloignement que j'éprouvais auparavant pour cet homme, d'après ce qu'on m'avait dit de son caractère, s'effaçait et faisait place à la compassion; que dis-je? à l'admiration. Il avait tant souffert! Une telle infortune expiait ses crimes et les justifiait pleinement à mes yeux. Peut-être étais-je trop indulgent dans mon jugement. Il était naturel que je fusse ainsi. Quand cette révélation fut terminée, j'éprouvai une vive émotion de plaisir. Je sentis une joie profonde de savoir qu'elle n'était pas la fille d'un démon, comme je l'avais cru. Séguin sembla pénétrer ma pensée, car un sourire de satisfaction, de triomphe, je pourrais dire, éclaira sa figure. Il se pencha sur la table pour atteindre la bouteille.

—Monsieur, cette histoire a dû vous fatiguer. Buvez donc.

Il y eut un moment de silence, pendant que nous vidions nos verres.

—Et maintenant, monsieur, vous connaissez, un peu mieux qu'auparavant, le père de celle que vous aimez. Êtes-vous encore disposé à l'épouser?

—Oh! monsieur! plus que jamais elle est un objet sacré pour moi.

—Mais il vous faut la conquérir de moi, comme je vous l'ai dit.

—Alors, monsieur, dites-moi comment; je suis prêt à tous les sacrifices qui ne dépasseront pas mes forces.

—Il faut que vous m'aidiez à retrouver sa soeur.