Les milles se succédèrent; et les couaggas galopaient toujours: le troupeau était excité par la crainte de perdre sa liberté, et l'animal dompté par le désir de reconquérir la sienne.

Hendrik était en proie à de véritables angoisses. Où allait-il être entraîné? Peut-être au milieu du désert, où il périrait de faim et de soif! Déjà il était loin de la lisière de rochers, et il lui était impossible d'en déterminer la direction; en supposant qu'il vînt à s'arrêter, était-il sûr de retrouver son chemin?

L'épouvante s'empara de lui.

Que devait-il faire? sauter à bas de son couagga, au risque de se rompre le cou.

Dans tous les cas, il avait déjà perdu le caana; il avait la triste certitude de perdre sa monture et sa selle. Quel sacrifice faisait-il en les abandonnant? Sa vie était en danger, pour peu que sa situation se prolongeât. Les couaggas pouvaient faire vingt milles, cinquante milles sans s'arrêter; ils étaient infatigables; leur ardeur ne se ralentissait point.

—Allons, se dit-il, sautons! tâchons seulement de choisir un bon endroit, afin de me faire le moins de mal possible.

Tout à coup un moyen de salut s'offrit a lui; il se rappela qu'en montant ce même couagga, il s'était servi avec avantage d'une œillère, c'est-à-dire d'un morceau de cuir attaché sur les yeux de la bête. L'effet en avait été si complet, que de rétive qu'elle était, elle était devenue docile instantanément.

Hendrik n'avait pas d'œillère. Quel objet pouvait lui en tenir lieu? Son mouchoir? Il n'était pas assez épais. Sa veste? Bon! voilà ce qu'il lui fallait.

Sa carabine le gênait, il la laissa doucement tomber, en se promettant de revenir la chercher.

En un clin d'œil, Hendrik se dépouilla de sa veste; mais comment la disposer pour aveugler le couagga? il craignait de la laisser tomber.