Prompt dans ses résolutions, l'adroit jeune homme passa une manche de chaque côté de la gorge de sa monture et les noua toutes deux ensemble. La veste reposait ainsi sur la crinière de l'animal. Le collet était près du garrot, et les pans portaient sur la partie la plus étroite du cou.
Hendrik se pencha en avant autant qu'il le put, et il étendit la veste sur le cou du couagga. Lorsqu'il eut fait passer les pans par-dessus les oreilles, il les laissa retomber sur les yeux.
Ce ne fut pas sans peine que le cavalier, courbé comme il l'était, parvint à conserver son assiette; car, dès que le couagga eut les yeux couverts du morceau de drap, il s'arrêta aussi brusquement que s'il eût été mortellement blessé. Toutefois il ne tomba pas, mais il demeura immobile, les membres frémissants de terreur. Il avait cessé de galoper.
Hendrik sauta à terre; il ne craignait plus que le couagga, aveuglé et vaincu, fît la moindre tentative pour s'échapper. Au bout de quelques minutes, il avait remplacé l'anneau rompu par une forte courroie, remis le mors entre les dents de l'animal, bandé solidement la têtière, et il remontait en selle, sa veste sur le dos.
Le couagga comprit que toute résistance était inutile. Ses anciens compagnons avaient disparu à l'horizon, et avec eux s'en allaient ses rêves de délivrance. Soumis désormais à son sort et stimulé par l'éperon, il retourna tristement sur ses pas.
Hendrik ignorait la route qu'il lui fallait prendre. Il suivit d'abord la trace des couaggas jusqu'à l'endroit où il avait laissé tomber sa carabine. Le soleil était trop bas pour lui servir de guide, et aucun des rares buissons du désert n'avait assez d'importance pour jalonner le chemin. Le voyageur égaré fut obligé de continuer à se diriger d'après les empreintes du troupeau; il ne retrouva plus son caana, mais il s'en consola quand il se vit avant la nuit dans la passe qui menait à sa demeure. Bientôt après il était assis sur la plate-forme du nwana et régalait un auditoire attentif du récit de ses aventures.
CHAPITRE XLII.
LE PIÈGE A DÉTENTE
Quelques jours plus tard, Von Bloom eut à souffrir de l'importunité des bêtes de proie, qu'attiraient les restes des antilopes et les parfums de la cuisine. Les hyènes et les chacals rôdaient sans cesse aux environs, et, rassemblés la nuit sous le grand arbre, ils faisaient entendre pendant des heures entières leur horrible tintamarre. A la vérité, personne ne les redoutait, puisqu'ils ne pouvaient atteindre les enfants, paisiblement endormis dans leur domicile aérien; mais leur présence n'en avait pas moins d'inconvénients. La viande, le cuir, les lanières, qu'on avait le malheur de laisser en bas, étaient infailliblement dévorés; des quartiers de venaison disparaissaient, et la selle de Swartboy avait été mise hors de service. Enfin, les hyènes étaient devenues un fléau si intolérable, qu'il était nécessaire de trouver un moyen de les détruire.
Elles n'étaient pas faciles à tirer. Prudentes pendant le jour, elles se cachaient dans les grottes du coteau ou dans les trous creusés par l'oryctérope. La nuit, elles avaient l'audace de pénétrer jusqu'au centre du camp, mais l'obscurité empêchait de les ajuster, et les chasseurs, qui connaissaient le prix de la poudre et du plomb, ne risquaient un coup de fusil que lorsque leur patience était à bout.