Il était impossible de confondre les traces de l'éléphant avec celles de tout autre animal. Elles avaient une longueur de vingt-quatre pouces et une largeur presque égale. Profondément imprimées dans la boue, elles formaient des trous assez grands pour y planter un poteau. Les chasseurs contemplèrent ces traces avec d'autant plus de plaisir qu'elles étaient fraîches, et que la vase remuée n'était pas encore recouverte d'une croûte. Elles devaient avoir été faites dans la nuit, et annonçaient la présence d'un vieil éléphant de très-haute taille.

Il s'agissait seulement de savoir si ses défenses n'avaient pas été brisées par accident; car dans ce cas elles ne repoussent jamais. Elles tombent lorsque l'éléphant est jeune et qu'elles ne sont pas plus grosses que des pattes de homard, mais celles qui les remplacent durent toute la vie, et si elle se rompent, elles ne reparaissent jamais. Quoique leur perte soit un grand malheur pour l'éléphant, il devrait, s'il était bien avisé, les briser contre le premier arbre venu; ce serait probablement un moyen de prolonger son existence, car les chasseurs ne daigneraient plus employer leurs munitions à le tuer.

Après avoir tenu conseil, Von Bloom et Hendrik, précédés de Swartboy, suivirent la piste, qui passait à travers la jungle.

Ordinairement l'éléphant laisse des marques de son passage en broutant les arbres qu'il rencontre. Dans la circonstance actuelle, il n'avait pas mangé; mais le Bosjesman, qui avait l'agilité d'un lévrier, n'en suivit pas moins la trace, laissant derrière lui ses compagnons essoufflés.

Ils traversèrent plusieurs clairières et en trouvèrent une au milieu de laquelle s'élevait une énorme fourmilière. L'éléphant devait s'y être arrêté, et même s'y être couché.

Von Bloom avait toujours entendu dire que les éléphants dormaient debout, mais Swartboy était mieux informé.

—Il est vrai, dit-il, qu'ils se tiennent quelquefois debout durant leur sommeil, mais surtout dans les contrées où ils ne sont pas tourmentés; que celui-ci se soit couché, c'est bon signe, nous voyons par là que jusqu'à présent les klows sont restés paisibles possesseurs du pays. Il est par conséquent facile de les approcher et de les tuer; et s'ils déguerpissent plus tard, ce sera seulement quand nous en aurons abattu un bon nombre.

Cette dernière considération était de la plus haute importance. Lorsque les éléphants ont appris à leurs dépens ce que signifie la détonation du fusil, il suffit souvent d'une seule chasse pour les décider à s'éloigner. Non-seulement les individus qu'on a poursuivis se dérobent aux coups des chasseurs, mais encore tous les autres partent comme s'ils eussent été avertis par leurs camarades, et bientôt il n'en reste plus un seul dans la contrée. Ces émigrations sont le plus grand obstacle que rencontre le chasseur d'éléphants, qu'elles obligent à des déplacements perpétuels.

Au contraire, lorsque les éléphants sont restés longtemps tranquilles, un coup de fusil ne les épouvante pas, et pour quitter la place, il faut qu'ils soient chassés avec persévérance.

Swartboy fut donc enchanté de voir que le vieil éléphant s'était couché, et tira de ce fait une foule de conclusions.