Or, Loulou, dans sa démence orgueilleuse, s'est rapproché des barrières. Un gardien le hèle: «Pssitt!», le happe:

—Dites donc, mon petit ami, où avez-vous trouvé ce brassard-là? Il est faux. On vend les pareils dix sous au bazar de la ville. Vous allez me quitter ça tout de suite. Et si je vous y repince, gare à vous...

Et Loulou s'effondre, s'anéantit, soudain précipité du faîte des grandeurs. [58]

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VIII
RIVALITÉ

Le dirigeable Albatros concourait pour la Coupe des Aéronats, sur dix tours. Mais, soit qu'il fût seul de son espèce et qu'ainsi la course perdît de son intérêt aux yeux de la foule, soit que l'allure de son hélice et de sa marche semblât trop lente aux regards blasés, il évoluait dans l'indifférence. Il apparaissait déjà comme un anachronisme, une diligence défilant devant les tribunes au beau milieu d'une course d'autos.

Dans le garage en plein air contigu au pesage, un mécanicien assis au volant dit à l'un de ses camarades:

—Y a seulement deux ans, on se serait dévissé le ciboulot, pour regarder ça... Au jour d'aujourd'hui, on s'en bat l'œil.

Popette, accoudée à la barrière du pesage, cueillit le propos au vol. Elle en éprouva quelque dépit. Ces chauffeurs ne se doutaient donc pas qu'un de ses soupirants, là-haut, dirigeait l'aéronat?

Mais oui, un soupirant. Et non point un de ces candidats—tels le gai Savournin ou l'élégant Parnell—que sa petite sagesse tenait en observation et qui ne se doutaient même pas de leur bonheur possible. Non, non, un vrai candidat, qui posait sa candidature.