Cependant, les préparatifs de départ étaient achevés. Savournin prit congé de Popette, s'élança lestement à son poste. Une minute après il était en plein vol.
On l'eût dit lancé à la poursuite du dirigeable. Il le gagnait sensiblement de vitesse. Il planait à la même altitude. Et le spectacle était nouveau, de cette course entre le plus lourd et le plus léger que l'air, de cette rivalité tangible entre les deux principes.
Mais l'aéronat avait une forte avance sur l'aéroplane. Et ce fut seulement après un tour de piste, juste à hauteur du champ d'essor, qu'ils se rejoignirent. D'un élan irrésistible, l'oiseau blanc dépassa le poisson doré. Alors, un ouvrier, enthousiasmé, s'écria:
—T'as vu, mon vieux, t'as vu s'il a bouffé la saucisse!!
Une heure après, les deux héros avaient atterri. Barral, seul concurrent, avait gagné la Coupe des Aéronats. Auréolé de son exploit, il vint chercher la louange de Popette. Bonne personne, elle ne la lui marchanda pas. Alors, encouragé, il lui dit:
—Voulez-vous me permettre de vous reconduire à la ville avec votre frère dans mon auto?
C'était la première fois qu'il risquait cette invitation. Le plus souvent, Popette rentrait dans la fine voiture de Savournin, qu'il conduisait avec sa virtuosité d'ancien coureur de vitesse. Justement, le gai pilote s'avançait, poursuivi jusqu'aux hangars par les ovations de la foule. Une seconde, Popette hésita. Puis
—J'ai, dit-elle, promis à M. Savournin.
Et, blottie dans son baquet de course, elle songeait malicieusement au mot de l'ouvrier une fois de plus, l'aéroplane avait bouffé la saucisse. [66]