—C'est bien. J'irai ailleurs.

Déjà il s'éloignait. Pris de pitié pour ce loufoque, je craignais qu'en effet il ne rencontrât pas ailleurs les mêmes scrupules. Choper, par exemple, n'hésiterait pas à lui vendre un appareil.

Mais à ce moment un sémillant jeune homme s'approcha de notre groupe. Et avisant le bonnet du coiffeur:

—Monsieur est sans doute aviateur? dit-il.

Et comme l'autre asquiesçait d'un geste rageur, il tira de sa poche une petite trousse, l'ouvrit:

—Alors, Monsieur, veuillez accepter ce modeste souvenir. Oh! à titre purement gracieux. C'est de la publicité. C'est ce que nous appelons la trousse des premiers secours. Vous y trouverez le taffetas anglais pour les écorchures, coupures, déchirures. La gaze salolée pour les plaies plus profondes. Des sels pour prévenir l'évanouissement. La pince pour extirper des chairs les éclats de bois. Un peu de sublimé pour éviter l'infection, car de la terre dans une blessure suffit à développer la gangrène...

Je crois que ce discours, complétant celui de Chatel, acheva de décourager le petit coiffeur. Car il accepta «les premiers secours» de l'air glacé d'un monsieur résolu à n'en avoir jamais besoin. Cependant le gracieux jeune homme, lancé, poursuivait:

—Et si Monsieur est content de notre trousse après son premier accident, Monsieur voudra bien se souvenir de notre maison...

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XIII
LA PETITE VILLE