—Vous avez vu? Il a un pyjama!

Le hangar proche sert de cuisine et de salle à manger. Les casseroles brillent au-dessus du fourneau. Trente couverts s'alignent sur la longue table, garnie d'une nappe, s'il vous plaît. Et les bancs sont faits de madriers posés sur des caisses à essence.

Mais que disait-on, qu'il n'y avait pas d'appareils? En voici un, qui étend ses larges ailes. Et monté, qui plus est. Hélas! il est monté par un gros cuisinier vêtu de blanc qui, profitant de l'absence de ses maîtres, s'est hissé à grand'peine au banc du pilote et se fait photographier au volant, dans une posture de héros...

Cette alerte a secoué Popette. L'heure approche où les vrais aviateurs rentreront. Elle va prendre le fameux contact. Son émotion grandit à mesure que le jour décroît. Elle m'entraîne, abandonne Loulou, béant d'admiration et torturé de basse envie devant le glorieux cuisinier au volant. Oppressée, elle préambule:

—Vous allez me trouver bien bête. Promettez-moi que vous ne vous moquerez pas de moi.

Je promets. La grande crainte de Popette, c'est de paraître ridicule. On n'est jamais ridicule, quand on est jolie. Afin que je ne la raille pas, elle prend les devants et se raille elle-même. Elle rit. Elle a l'art de rire et de parler en même temps, comme un ruisseau qui court tout en gazouillant. Et cela lui donne une voix tintante, argentine, où les mots dansent dans le rire:

—Eh bien, voilà. Vous comprenez, je ne veux pas paraître sotte devant eux. Vous êtes mon ami. Dites-moi vite: quelle différence y a-t-il entre un biplan et un monoplan?

Pauvre Popette! Voilà donc ce qui la tourmentait... J'explique de mon mieux, le plus clairement et le plus brièvement possible. Et comme elle reste confuse de n'avoir pas pénétré un si simple mystère, comme elle s'effraie de son ignorance future devant eux, je la rassure:

—Mais vous avez eu parfaitement raison de m'interroger. Il n'y a pas de honte. Bien des gens en savent moins long que vous et n'ont pas votre modestie charmante. Tenez. Je sais un homme très haut placé, très expert en son art, à qui l'on expliqua minutieusement le mécanisme du biplan placé devant ses yeux. Il réfléchit, hocha la tête, ferma les paupières et demanda enfin: «Mais, où est le gaz?»

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