Un esprit de tradition, fidèle au passé, reconnaîtra aisément que la découverte de l’imprimerie et de l’Amérique entraîna la Renaissance et la Réforme, bref agit sur les mœurs, il y a quatre cents ans.
Mais demandez-lui si le chemin de fer et le téléphone, la sans-fil et l’aviation exerceront une influence morale, il niera.
Ce qu’il y a d’ailleurs d’un peu comique chez les zélateurs du passé, les ennemis du progrès, c’est qu’ils se servent de la science, tout en la maudissant. Ils usent de la dépêche, du petit bleu, des transports rapides, auto et chemin de fer, pour leurs affaires et leurs plaisirs. Ils vantent les vieux logis et ils les désertent. Ils dénigrent la maison moderne et ils s’y portent en foule. Ils blaguent les médecins et les appellent au premier bobo. Ils ne dédaignent ni l’ascenseur, ni l’incandescence. Et ils ne pourraient plus se passer de leur journal, vite informé, vite imprimé, vite servi…
Il y a, malgré tout, bien des raisons de croire à un progrès des mœurs, des raisons tirées de la vie courante. Ainsi, on n’abîme pas le matériel du chemin de fer, bien qu’on puisse impunément, quand on est seul dans un compartiment, obéir à un instinct de rapt et de destruction. C’est un humble et curieux signe d’honnêteté générale.
Chaque fois qu’on modifie un engin de transport en commun, on va toujours de l’inconfort vers le confort. Rappelez-vous le vieil omnibus, la diligence. Voyez les transformations successives du wagon, du tramway. N’est-ce point là un signe que l’humanité tend inconsciemment vers le mieux-être ?
Le progrès s’affranchit difficilement de la routine. Il ne s’arrache pas sans peine aux formes du passé. Ainsi, les premières automobiles étaient juchées sur de grandes roues arrière parce qu’elles dérivaient des voitures à chevaux. On n’en vint que plus tard aux petites roues égales.