Nous raillons les Anglais pour les perruques de leurs juges et le cérémonial suranné de leurs fêtes royales. Ils nous raillent pour nos barrières d’octroi et pour nos duels, parce qu’ils sont affranchis de ces usages.

Dans une mue perpétuelle, le monde se dépouille de ses vieilles plumes. Il en reste de ci, de là, quelques-unes. Et nous rions de celles du voisin.


Toutes les qualités acquises, les sentiments délicats, les fines sensations, tout ce que l’homme a conquis depuis qu’il apparut faible et nu sur la terre, me semblent comparables à cet humus qui s’est lentement déposé sur la rude écorce du globe, cet humus qui n’est que le résidu de la vie, la poussière accumulée des générations, et qui nous donne les fleurs.


Je ne sais pas de plus néfaste geste que celui de Diogène rejetant l’écuelle dont il se servait, à la vue d’un enfant qui buvait dans le creux de sa main. Est-ce qu’au contraire le progrès humain n’est pas une suite d’acquisitions ? La créature jetée nue sur la terre, peu à peu, à accru sa vie. Elle l’a parée, elle l’a embellie. Elle l’a adoucie. Supprimer l’écuelle, c’est retourner à l’état primitif. C’est marcher en arrière. C’est renier tout l’effort séculaire que représente la création de cette écuelle.

La connaissance de l’avenir.

On ne peut pas prétendre qu’on ne prédira jamais l’avenir. On prédit déjà l’avenir astronomique, le retour des éclipses et des comètes.

Or, il en est d’un geste humain comme de la marche d’une étoile dans le ciel. L’un et l’autre sont le résultat de causes déterminantes, de forces précises et qui se composent. Le phénomène terrestre est peut-être plus complexe que le phénomène céleste, mais tous deux sont du même ordre. On ne peut donc pas affirmer qu’on ne prédira pas l’un comme on a prédit l’autre.