Quelle sera la prochaine prévision ? Sans doute la connaissance exacte du temps, au point de vue météorologique, grâce à une étude méthodique de ses phénomènes et grâce à leur coordination, rendue possible par les moyens de communication instantanée, comme la télégraphie sans fil. Déjà, on annonce plusieurs jours d’avance la marche d’une inondation, celle d’un cyclone, d’une dépression barométrique.


L’usage des graphiques, des courbes qui enregistrent par exemple la température ou la pression barométrique, nous familiarise avec l’idée de la connaissance de l’avenir. En effet, si on arrête la courbe en un point quelconque, on connaît la direction qu’elle va suivre immédiatement au delà de ce point. Cette direction se confond pendant quelques instants avec celle de ce qu’on nomme la « tangente » en ce point, tangente qui nous est connue. On peut donc dire que l’on sait quelle sera la température ou la pression un peu au delà du moment présent. On a pu prédire quelques conditions de l’avenir immédiat.


S’accommodera-t-on de savoir l’avenir ? Oui. Car nous connaissons déjà une circonstance future de notre existence : nous avons la certitude de notre mort. Et nous nous en accommodons.


Les alchimistes ont cherché la transmutation des corps, c’est-à-dire l’unité de la matière. Sans doute cette notion deviendra-t-elle une vérité scientifique. De même la lecture de la pensée, qui n’est encore qu’une ressource de prestidigitateur, deviendra, elle aussi, une science exacte. Ainsi, des empiriques, guidés par un obscur instinct, ont entrevu l’avenir. Pourquoi ne soulèverions-nous pas d’autres pans du voile ?


Nous devons lutter contre une paresse de notre esprit, qui se refuse à concevoir un autre état de mœurs que l’état actuel. Bien qu’un regard jeté sur le passé suffise à nous convaincre de la réalité d’une évolution, nous avons peine à admettre que cette évolution se poursuivra. C’est ainsi que, de très bonne foi, des gens vous écrasent sous des formules comme celle-ci : « Il y aura toujours des douanes », lorsqu’on s’efforce d’évoquer un temps où les nations tireraient leurs ressources financières d’un autre système fiscal et supprimeraient ainsi une chance de guerre.