Au point de vue de la diversité de l’être, nous pouvons constater sur nous-même, dans le détail de la vie, des manifestations d’un instinct et d’un contre-instinct correspondant.
Exemple : nous sommes sociables, puisque la solitude nous est mortelle, ainsi que le prouve le régime cellulaire. Et nous souhaitons farouchement d’être seul en wagon. De même, l’homme a certainement le goût et le besoin d’une compagne. Par là, il est monogame. Et en même temps il aspire à la polygamie. Ces contradictions sont innombrables. En sa diversité, la créature apparaît contradictoire.
Chacun de nous est un livre dont les feuillets ne se répètent pas. Nous-même, nous n’en savons pas déchiffrer toutes les pages. Et nous ne savons même pas d’où vient le souffle qui les fait tourner.
Dans l’amas des usages, il en est de bons et de mauvais. Eux aussi sont divers. Mais notre esprit, plié à l’unité, accepte tout. La crainte et la paresse aidant, il refuse de procéder à l’inventaire, de conserver les uns et de détruire les autres.
On ne déplorera jamais assez cet esprit d’unité. Tout est composé, tout est complexe.
Cette idée de diversité doit s’appliquer aussi à la multitude, aux êtres considérés les uns par rapport aux autres. Il y a longtemps qu’on a remarqué que les empreintes digitales diffèrent d’un individu à l’autre. Il faut transporter cette notion dans le domaine moral. Tous les individus sont aussi différents les uns des autres que leur empreinte digitale.
La première conséquence, c’est qu’il ne faut pas juger un autre d’après soi. En lui prêtant nos propres mobiles, nous risquerions fort de nous tromper. D’autant que lui-même, tombant dans le même travers, nous prête les siens. C’est la source d’innombrables malentendus.
Une autre conséquence de cette diversité, c’est de faire apparaître le défaut de la Loi, telle que nous l’ont léguée les civilisations antiques. Pénétrée de l’esprit d’unité, elle entend s’appliquer à tous les hommes, les juger comme s’ils étaient identiques. Les soumettant au même gabarit, elle opprime trop les uns, épargne trop les autres.