L’idée de diversité et l’idée de souplesse, dominées elles-mêmes par la notion du déterminisme, présideront sans doute à la refonte des Codes.

La vie est précaire.

Deux conceptions de la vie sont en présence. La première est fondée sur la certitude de vivre très vieux. Celui qui l’adopte dira par exemple : « Dans dix ans, je ferai cela », quitte à s’évaporer dans dix jours. Elle a pour principal inconvénient de sacrifier les plus belles années de la vie à la préparation de la vieillesse, de choisir une situation médiocre, où l’on rogne sur le superflu, sur le nécessaire, pendant sa jeunesse et sa maturité, pour avoir droit à cette retraite à laquelle on ne parviendra peut-être pas…

La seconde conception consiste à prendre conscience de la précarité de l’avenir, de la fragilité de la vie, de l’imprévu du lendemain. C’est à elle que va ma préférence. Je la crois plus humaine. La première ressemble trop à la sérénité animale.

On m’a souvent opposé que le sens de la précarité de l’avenir décourageait l’effort. C’est une erreur. N’ayant pas la certitude béate d’une longue vie, on n’en est que plus pressé d’aboutir, de réaliser sa tâche, de créer l’œuvre qu’on veut laisser après soi. C’est un stimulant, non pas un anesthésiant.

Et, au point de vue spécial de la retraite, de l’épargne à réserver pour la vieillesse, cette idée de la fragilité de la vie n’entraîne pas une frivole insouciance de l’avenir, un gaspillage au jour le jour. Non. Elle restreint simplement la part énorme que l’on sacrifie à cette retraite dans la société actuelle, part démesurée, puisqu’on voit des milliers de gens choisir le métier de fonctionnaire, être malheureux toute leur vie, pour cette fameuse retraite dont ils ne doutent pas de jouir, et dont beaucoup ne jouiront pas.


J’ai entendu des gens qui, se plaignant de leurs occupations, soupiraient : « On oublie de vivre… » Et c’est vrai.

Ne conçoit-on pas une existence plus souple, plus intelligente, où l’on ait le temps de vivre ? Par exemple, ne pourrait-on pas avoir la sagesse de se retirer plus tôt, en pleine force, au risque de n’avoir pas autant d’aisance ? A quoi bon tant de richesse, si on meurt avant d’en profiter ?