On peut agir sur ses sentiments dans la mesure où l’on peut agir sur son organisme. Il semble qu’on puisse soigner une crise morale comme on soigne une maladie, en puisant dans le désir de guérir l’énergie nécessaire à la cure. Les remèdes sont analogues dans les deux cas. Les révulsifs, les dérivatifs, deviennent, dans la maladie morale, les distractions qui détournent l’esprit de sa hantise et le portent vers d’autres objets. Il y a des anesthésiants qui endorment la sensibilité douloureuse, par exemple une saine fatigue, un labeur acharné. Il y a l’opération, qui coupe court, comme l’absence, le long voyage, le silence. Il y a l’homéopathie, qui combat le mal par le mal, l’amour par l’amour… Il y a enfin la recherche des causes, qui démontre parfois l’origine toute fortuite, la nature fragile de la crise et qui permet de l’atteindre à sa source.
Entre la théorie du déterminisme et celle qui nous suppose libres de choisir entre le bien et le mal, il n’y a au fond qu’une question de mots. Se croire de la volonté, ou savoir qu’on n’a que l’illusion de la volonté, cela revient au même. Ce sont deux façons différentes de voir la nature humaine.
Mais le déterminisme est plus indulgent. Et il est aussi plus fécond, parce qu’il indique les moyens directs de se soigner, de s’amender, de s’améliorer.
Il faut s’élever violemment contre la confusion du déterminisme et du fatalisme. Le fataliste s’abandonne à sa destinée. Tandis que le déterministe envisage les moyens de se mettre en garde contre lui-même, de trouver des remèdes à ses défaillances.
Si l’on conçoit chaque décision sous la forme simpliste d’une pesée, où des poids jetés dans les deux plateaux de la balance finissent par la faire osciller et se fixer dans un certain sens, on sent bien qu’on pourra faire intervenir de nouveaux poids pour la faire pencher dans le meilleur sens. Se sent-on tenté par une mauvaise action, sollicité par un vice ? On appelle à son secours des aides nouvelles. On se représente les dangers, les inconvénients que l’on va risquer.
Si l’on a admis que le travail de nos décisions ressemble à celui d’une opération où l’on met des poids dans les deux plateaux de la balance, il y aura intérêt à se livrer consciemment à cette besogne de détermination, à porter en deux colonnes les raisons pour et les raisons contre. On pèsera mieux.
Il faut considérer les peines du code comme des contre-poids. La crainte qu’elles inspirent est un poids que l’on jette dans la balance de nos décisions.