DEUXIÈME PARTIE
ADAPTATIONS
CHAPITRE PREMIER
DE L’ÉDUCATION : PRINCIPES ET MOYENS D’ACTION
Pour bien se pénétrer du rôle énorme que l’éducation devrait jouer dans la vie du pays et de la famille, il faut réfléchir qu’elle ne doit pas se proposer seulement de rendre nos enfants aussi heureux et aussi armés que possible. Non. Elle a aussi une portée sociale. Elle est notre seul moyen vrai de travailler au progrès moral. Car nous ne pouvons nous améliorer que dans nos enfants.
Le caractère de l’adulte ne se modifie guère. Il a ses traits arrêtés, comme le visage. Quel chagrin, parfois, malgré les plus fermes résolutions, de constater qu’on ne parvient pas à redresser sa nature… Et alors, cette consolation nous reste : tous les fruits décevants de notre expérience, nous allons en faire profiter ceux qui sont nés de nous. Nos efforts vers le mieux, nous allons tout de même leur faire toucher le but ; ce seront nos enfants qui les réaliseront, qui en profiteront. Car, chez eux, la substance est encore tendre, plastique. Il y a une nourriture et une orthopédie morales, vraiment efficaces. Toutes ces qualités que nous rêvions pour nous-mêmes, nous les en parerons. Ils les auront pour nous.
Au point de vue social, nous soignons nos ulcères et non pas notre sang. Nous emprisonnons, nous hospitalisons tous les déchets humains, nés de notre mauvaise organisation, et nous ne cherchons pas à atteindre le mal à sa source.
Ici apparaît un des rôles de l’éducation. Elle seule peut faire comprendre aux hommes leur véritable intérêt ; elle seule peut éviter que ne soient jetés à la circulation tant d’éléments nuisibles, car elle peut seule créer une mentalité enfin révoltée contre des conditions sociales qui permettent l’éclosion, la mise au jour de tant de déchets lamentables.
Pour améliorer une race, il ne faut guère compter sur les lois, qui ne sont que l’enjeu des luttes de partis. Il faut agir directement sur ses mœurs. C’est l’œuvre de chacun, qui tient ainsi un peu de l’avenir dans ses mains. Et l’action la plus facile, la plus logique, la plus urgente, ne doit-elle pas s’exercer sur l’éducation, par l’éducation ?