Nous ne pouvons préparer un meilleur état social qu’en pénétrant nos enfants des monstrueuses iniquités qui déshonorent notre époque, qu’en leur montrant ensuite comment l’édifice entier pourrait être restauré pierre à pierre, selon nos rêves.
Il faut les frapper d’exemples qui les pénètrent jusqu’au cœur.
L’éducation est bien fondée sur l’imitation. Méfions-nous de ce fait. Que d’enfants prennent les façons de saluer, de parler, de leurs parents ! Et, la meilleure preuve que l’éducation est à base d’imitation, c’est que l’enfant n’apprend à parler qu’en appelant les choses comme il les entend appeler. Il en va de même de ses autres acquisitions.
Avez-vous réfléchi que nous accomplissons un acte énorme quand nous apprenons à notre enfant le nom d’une chose ? Cela n’a l’air de rien, mais c’est le symbole de l’éducation. Ce petit ne savait pas comment appeler cette chose. Il ne sait rien. C’est la page blanche. Nous prononçons un nom. Désormais, l’enfant appellera, de par nous, cette chose par ce nom…
Mais, direz-vous, ce n’est pas une bien grave responsabilité, puisque cette chose s’appelle ainsi du consentement unanime. D’accord. Mais nous lui apprenons des idées, de la même façon que des mots. Et, souvent, il restera aussi étroitement fidèle aux idées qu’aux mots. Il continuera d’appeler « cuiller », comme nous le lui avons appris, l’ustensile qui lui sert à manger sa soupe. De même, il continuera de penser sur les usages, la famille, la société, la politique, comme nous le lui avons appris.
Quand vous enseignez un mot, quand vous inculquez une idée, songez à la gravité de votre acte…
L’enfant est absolu. Il est extrême. Il hurle pour un tout petit caprice. Ses gestes sont exagérés. Il n’a pas le sens du juste milieu. Et c’est une des tâches de l’éducation de l’amener à la pondération, à la coordination, à l’équilibre, comme on règle une balance instable, excessive, jusqu’à ce qu’elle indique les poids sans faire d’abord des oscillations désordonnées.