Ayons de l’éloignement pour l’espiègle, l’enfant terrible. Il est d’un exemple néfaste. Ses défauts, qu’on admire, ne sont pas les traits véritables de l’enfance. Oui, l’enfant doit passer par toutes les étapes de l’humanité — il la recommence — mais faisons-lui franchir les étapes ingrates au pas redoublé.

Et méfions-nous aussi de cette indulgence aux fredaines, que les enfants retiennent : « Il faut bien que jeunesse se passe !… Il jette sa gourme !… Folle avoine !… »

C’est sous ce manteau-là qu’on cache tant de hontes et qu’on prépare tant de maturités frelatées.


Quand des enfants se passionnent pour un jeu, une besogne, il ne faut pas les en détourner brusquement, même s’ils s’y absorbent trop. Car la créature s’attache à ce dont on l’éloigne, comme elle s’écarte de ce qu’on lui impose.


Il faudrait pouvoir classer les défauts des autres dans l’esprit de l’enfant, à ses yeux, en défauts curables et défauts incurables. Bien pénétré de cette notion, il ne se moquera jamais d’un infirme, d’un disgracié, parce qu’il sera bien persuadé que ceux-là n’y peuvent rien. Il réservera sa verve et son instinct critique pour le petit camarade prétentieux, la petite amie frivole. Ceux-là, les « blaguer », c’est un peu les soigner.

C’est un critérium très sûr, ce sens du corrigible et de l’incorrigible. Faisons un retour sur nous-même. Nous savons fort bien ceux de nos travers que nous pouvons ou que nous ne pouvons pas redresser.


Le grande infirmité incurable, c’est la vieillesse. Enseignons bien aux enfants à ne pas la railler. Certes, ils ne peuvent pressentir l’incessante, la pathétique angoisse, les tournants tragiques de cette descente à la mort. Mais qu’ils s’accoutument à la contempler avec autant de gravité que la mort même. Qu’ils ne la méprisent pas, qu’ils en aient pitié. Si nous n’étouffons pas dans leur cœur ce germe de dédain cruel que nous inspire à nous-même la vieillesse, ils le perpétueront. Nous découvrons sur notre voisin les signes de l’âge avec une jubilation féroce, une sorte de mépris impitoyable. Il nous paraît diminué, déchu, à terre. Un farouche hallali sonne en nous. Et nous aurions peut-être besoin nous-même, à ce même moment, d’indulgence et de compassion. N’est-ce pas effrayant que deux amants, remis face à face après avoir été longtemps séparés par la vie, au lieu d’être attendris d’abord par leurs communs souvenirs, pensent avant tout, cruellement : « Comme il a vieilli… Comme elle a vieilli… »