Le colère, le mépris, la tristesse, l’ironie, impriment chacun aux traits humains une expression particulière. Et, inversement, par une sorte d’instinct atavique, en voyant ces expressions sur un visage, nous décidons qu’il est irrité, méprisant, triste, ou railleur.
Mais cette proposition inverse n’est pas toujours vraie. Et voilà une remarque à faire entrer dans l’esprit des enfants. Il suffit d’un pli, d’un relief léger, sculpté dans notre chair, pour que notre masque exprime ces divers états d’esprit. Et l’individu qui porte ce masque n’est pas toujours dans cet état. S’il a les traits tombants, on dit qu’il est triste. Si sa lèvre se retrousse, on dit qu’il est méprisant. Qui sait ? Il est peut-être intérieurement très gai, ou il ne méprise peut-être personne. Et qui plus est, il ne sait peut-être pas qu’il a l’air triste, ou méprisant.
Le proverbe : « Ne jugeons pas les gens sur la mine », prend ici son sens le plus fort. Car cette mine modelée par le coup de pouce fantaisiste de la nature, n’exprime pas toujours les sentiments qui s’agitent derrière elle.
Que les enfants soient mis en garde contre les méfaits du silence. Plus on est muet, paresseux à parler, plus on se rapproche du végétal, des règnes naturels qui nous ont précédés. La parole, l’écriture, tous les moyens de correspondre entre les humains, sont des acquisitions, des signes de culture. En profiter, c’est aller dans le sens de l’avenir. Les dédaigner, c’est aller en sens contraire.
Ah ! Le mal que peut faire le silence, entre compagnons de vie… Il faut se le représenter, pour le vaincre.
Mêlons autant que possible nos enfants à notre existence. Il y a des enfants soignés, peignés, comme des plates-bandes de parterre, mais tenus dans l’ignorance, à l’écart de la vie. Ils ne doivent rien savoir de ce qui se passe hors de leur salle d’études. Ils sont prisonniers. On les a tellement disciplinés, façonnés, qu’ils ne sont pas eux-mêmes. Ils n’ont pas d’élans, de gestes spontanés. Ils n’osent même plus élever la voix. Ils étouffent.