Accoutumons les enfants à serrer de près les projets. Donnons-leur l’exemple. Projetons-nous — le mot l’indique — dans l’avenir. Nous nous verrons alors aux prises avec de petites difficultés de détail qui ne nous étaient pas tout d’abord apparues. Elles ne doivent pas nous décourager. Mais nous devons nous ingénier d’avance à les résoudre. Ce petit travail d’anticipation n’est pas du travail perdu.
La mère française est grondeuse. Elle a la main leste et la tape sèche. Sans cesse elle réprimande, elle houspille ses enfants, qui finissent par ne plus entendre. Quand une femme interpelle un enfant d’une voix impérieuse, on peut affirmer : c’est la mère.
Combien un mot calme et bien placé reste plus efficace ! Est-on sûr que les enfants ne deviennent pas désobéissants à cause de ce manque de prestige, de cet avilissement de la réprimande ?
Il faut insister sur ce penchant de la mère française à se répandre en gronderies, en réprimandes, si nombreuses, si continues, que l’enfant ne prête plus d’attention à ces observations en chapelet et n’en garde plus qu’une confuse impression de tristesse, celle que lui donne la chute continue d’une averse. Il les range au nombre des calamités naturelles.
Il arrive ceci : c’est qu’en France, l’enfant n’entend jamais signaler que ses défauts. Jamais on ne vante ses qualités. S’il est bon de redresser ses travers, il serait salutaire d’exalter et d’accroître par la louange ses dons.
L’enfant ne connaît de lui-même, pour se les être entendu reprocher, que ses travers.
Le femme, — et même l’homme, à y réfléchir — ne s’entend célébrer que dans l’amour. Pour la première fois, un autre être rend hommage à ses vertus, à ses beautés, à ses grâces. Et je me demande si ce n’est pas un des secrets de la toute-puissance de l’amour.