Au lieu de la punition qui n’explique rien, il faut mettre des freins sur la route des mauvais penchants. Il faut, par exemple, représenter vivement les conséquences de la glissade vers le mal. C’est le « Attention ! Tournant dangereux », qui évite au chauffeur la culbute.
Rien ne vaut la peinture des suites successives d’une sottise initiale pour en détourner un enfant.
Dans les Impressions de Voyage en Suisse, Dumas père raconte l’aventure d’un jeune Anglais timide. Épris d’une jeune fille, il est invité chez le père de l’idole. Comme entrée de jeu, il écrase, dans un salut correct, l’orteil goutteux du vieux lord. Troublé par ce début, il accroche un tapis de table où pose un encrier. Le liquide se répand. Il l’étanche avec son mouchoir qu’il remet dans sa poche. Mais à la fin du repas, il avale une bouchée de pudding brûlant et s’éponge la face du mouchoir plein d’encre. Le voilà nègre. La galerie n’y résiste plus. Elle éclate de rire. Le pauvre jeune homme s’enfuit. Il n’épousera pas l’adorée. Ainsi s’enchaînent les bévues. Que de fois n’a-t-on pas l’occasion d’évoquer l’histoire de l’Anglais timide ?
Une des conséquences de la fusion entre le physique et le moral, c’est de soigner les travers de la même façon que les maux du corps. Ainsi qu’on l’a vu à propos du déterminisme, le principal moyen de cure contre la tentation de mal faire consiste à se représenter fortement tous les inconvénients de l’acte à commettre. On se les mettra devant les yeux et on trouvera ainsi une raison de résistance. On puisera la force de se livrer à cette exhortation dans l’instinct qui nous souffle de rester en santé morale, de ne pas nous nuire. C’est le remède préventif.
On pourra aussi s’appliquer à échapper à la tentation en s’occupant fortement à une autre besogne attirante. C’est le remède révulsif, celui qui aiguille sur d’autres voies l’ardeur et le désir.
Un père devrait toujours être indulgent aux travers de son fils : il ne sait jamais s’il ne les lui a pas légués…