Il y a tant à faire, pour embellir la vie, pour l’égayer. Qu’y a-t-il de plus triste qu’une fête foraine ? Ces musées d’horreur, ces jeux de massacre, ces manèges bruyants et laids. Ne pourrait-on pas, peu à peu, couler à des divertissements plus jolis, sans s’écarter du goût de la foule ? On ne dira jamais assez la tristesse des monuments publics. Et les magasins ? Pourquoi ne sont-ils pas généralement plus plaisants aux yeux ? Pourquoi la rôtisserie, la poissonnerie, la boucherie, ne sont-elles pas toujours décorées de céramiques, de marbres ? Pourquoi ne pas rechercher un décor qui soit plus joyeux sans être plus coûteux ? Les tentatives qu’on a faites en ce sens ont presque choqué. Il semble qu’il y ait quelque chose de sacrilège à mettre de la grâce, de la beauté, dans le détail de la vie.


Une humanité travaillant pour le bonheur tendrait à encourager par les plus belles récompenses tous ceux qui collaborent à ce bonheur, l’artiste, l’inventeur… Et ce ne sont pas les grands héros.


Mettons dans notre vie de la grâce, de l’élégance, de la bonté, de la poésie, des enthousiasmes, du plaisir. En un mot, cherchons à l’accroître, à la fleurir, à la faire la plus opulente, la plus luxuriante.

Ayons aussi des raisons, des buts de vivre. Sans quoi, nous descendons à la conception la plus misérable, la plus primitive de la vie, un état inconscient où l’être ne cherche qu’à subsister au jour le jour.


Candide disait : « Cultivons notre jardin ».

Oui. Représentons-nous chaque existence comme un jardin. Et voyez, à surface égale, combien les jardins sont différents. L’un est la brousse, l’autre le paradis. Tout dépend des soins qu’on y donne.