Nous ne pouvons pas prétendre au bonheur absolu, mais nous devons chercher à l’atteindre par le plus grand nombre de points possible.
Notre bonheur est enclos dans notre vie, comme la statue dans le bloc de marbre. C’est à nous de le dégager. Les sculpteurs praticiens procèdent comme si la statue existait déjà dans sa gangue de pierre. Ils l’atteignent par des sondages nombreux, qui s’arrêtent juste à la surface de la future image. Ils la touchent par points. Nous devons être les praticiens de notre bonheur.
Il faut saisir les beaux instants, c’est-à-dire ceux où l’on est heureux sans nuire. Et il faut aussi les proclamer, en soi, autour de soi. On dit plus volontiers : « Quel sale temps ! » que : « Le beau temps… » Il faut que nos propos soient à l’image de la vie, qui roule le bon et le mauvais. Ne serait-ce que pour régler notre pensée sur nos paroles et nous pénétrer de ce sens de l’équilibre.
Il y a d’ailleurs un bonheur dont nous ne prenons pas assez conscience : l’absence de malheur. Par exemple, que de justes petites voluptés on se procure à se rendre compte qu’on ne souffre plus de maux familiers dont on a pâti. Nous n’en jouissons pas. Nous ne nous disons pas assez : « Quelle chance de ne pas avoir mal à la tête, mal aux dents ! »
Au fond, tous nos actes tendent vers l’utile ou l’agréable. Cette formule en deux mots enferme notre vie. C’est un vase qui la contient. A nous d’en faire une belle amphore, de l’élargir vers le haut, d’y mettre toutes les belles fleurs de l’élégance, de l’art, de l’altruisme.
L’aspect d’une roseraie publique, comme celle de Bagatelle, un dimanche, où la foule lente, recueillie, discrète, se promène sous les arceaux de fleurs, apparaît une anticipation, une vision de demain.