— Tu ne veux pas le suivre ? Eh bien, il faut aller vivre en Papouasie.

La Papouasie, c’était une île sauvage où l’on pouvait s’affranchir de toutes les coutumes, de toutes les convenances. Dès qu’un refus de suivre la règle commune nous paraissait regrettable, nous prononcions l’arrêt :

— Eh bien, va en Papouasie.

Par ce prompt exil, nous faisions toucher à ces petites intelligences les usages dont on ne peut pas s’affranchir sans se nuire, sans se diminuer, du moment qu’on a accepté de vivre dans notre société actuelle. C’est la concession au milieu. Et cela nous permettait un triage entre les coutumes… Seules, celles que nous jugions indispensables exigeaient, en cas de rébellion, le fatal :

— Alors, va en Papouasie,


On ne saurait trop proclamer les bienfaits de l’éducation au plein air, au jardin. D’ailleurs la vie aux champs est aussi salutaire aux grands qu’aux petits. Les milieux de luxe ou d’argent, même les milieux artistes ou politiques, exercent sur le sens moral une action dissolvante. Il s’y relâche ou s’y atrophie. Cette seule vue suffirait à justifier l’utilité des retraites momentanées au contact de la nature, où l’on se purifie, où l’on se restaure, où l’on se ressaisit.

Mais l’éducation proprement dite au jardin présente d’innombrables avantages et facilite singulièrement la tâche des parents qui s’y consacrent.

Un jardin, c’est surtout un inépuisable champ d’étude, mais c’est aussi une charmante salle d’étude. Une table et des chaises de fer sur la pelouse à l’ombre, et voilà la classe prête. Les ingrats et nécessaires débuts de l’instruction, écriture, calcul, orthographe, rudiments d’histoire et de géographie, paraissent moins arides, au grand air, dans la verdure. Une heure y suffit, chaque matin. Et encore, comme l’attention des petits est courte et vite lasse, coupe-t-on la séance de brèves détentes, — le temps de butiner une fleur, d’ébaucher une pirouette dans l’herbe — dont on revient avec une cervelle toute neuve, toute fraîche, à la rosée.

Même pour ce travail d’écolier, le jardin ne prête pas seulement ses meubles et son décor. Il y apporte une aide plus directe. Il fournit des instruments de démonstration. S’agit-il d’arithmétique ? Les brins d’herbe sont des unités très commodes que l’on peut diviser, fractionner, réunir. Faire un bouquet, c’est faire une addition. Et c’est plaisir que d’apprendre la soustraction en enlevant les grains d’une grappe de groseilles ou de raisin.