—Oui, c’est cela. Je ne veux pas courir le risque d’un refus. D’abord parce que je ne veux pas passer pour une coquette, pour une intrigante. Si M. Paul s’avisait de vouloir m’épouser,—et vraiment j’ignore tout de ses intentions,—il se heurterait sans doute à son père. Et je les aurais, malgré moi, dressés l’un contre l’autre ...

—Mais, remarqua Zonzon, le papa Duclos aime son fils. Il n’a plus que lui au monde.

—Raison de plus pour qu’il lui souhaite un mariage éclatant. D’ailleurs, il me fait peur, ce M. Duclos. Il est si âpre, si rude d’aspect et d’esprit. Il n’envisage rien qu’au point de vue des affaires. Il n’a qu’une phrase à la bouche: «Est-ce une bonne affaire?» Et marier son «garçon», comme il dit, à la fille de son architecte, tu penses si ce serait la bonne affaire!

—Il n’est peut-être pas si terrible qu’il en a l’air.

Mais Lucette n’écoutait plus:

—Et puis, vois-tu, Zonzon, j’ai peur de souffrir. Ce que je veux éviter surtout, c’est le risque d’une déconvenue. Je veux fuir pendant qu’il en est temps encore, avant de m’attacher, avant d’avoir trop mal ... Tu vois, ce n’est plus du scrupule, c’est de la prudence.

—Ne te fais donc pas moins chic que tu n’es.

Très émue, la riante Zonzon. Ses larges yeux bruns s’attendrissaient. Elle avait un sens trop exact de la vie et de son temps pour ne point sentir l’étroite servitude de l’argent et pour ne point admirer l’élégance et la grâce des sentiments qui s’en affranchissent.

Elle reprit:

—Papa, maman ne savent pas que tu veux partir?