—Je n’aurais jamais osé leur avouer mes raisons. Et puis, à quoi bon? Papa partagerait mes scrupules. Il s’affolerait à l’idée d’être soupçonné d’une arrière-pensée d’intérêt. Et quant à maman, elle se retrancherait derrière lui, comme toujours.
—Oui, dit Zonzon, je connais la phrase: «En as-tu parlé à ton père?»
—Mieux vaut les laisser tranquilles, en sécurité. Je n’ai pas besoin d’eux. Tu es là.
Et elle se pressa contre sa grande, qui lui rendit sa caresse. Zonzon couvrait Lucette d’une tendresse vigilante. Non point seulement parce qu’elles étaient sœurs. Que de sœurs se supportent sans se chérir! Mais parce qu’elle la protégeait, la savait plus fragile, plus complexe, plus flexible qu’elle-même. Si les fleurs pensent et sentent, le beau rosier épanoui doit aimer de la sorte le liseron qui s’enroule à sa tige.
—Alors, conclut Lucette, c’est convenu, n’est-ce pas, tu m’emmènes? Je n’annonce pas un départ définitif. Nous devions rester ici encore une huitaine. Une fois partie, j’ajournerai mon retour. Nous prendrons un prétexte quelconque. Tu as besoin de moi pour ton dispensaire. Ou bien un essayage pressant.
Zonzon sourit:
—Je choisis l’essayage. C’est plus sérieux.
—Il ne faut pas rire, Zonzon, dit Lucette. J’ai du chagrin.