—Mais pourquoi courir le risque d’une telle existence, quand rien n’y contraint? Pourquoi aller au-devant d’un jugement vicié d’avance?

—Ah! Je serais mal venue, dit Lucette, de parler aujourd’hui de droiture et de probité. Cependant il me semble ...

Zonzon l’interrompit encore:

—La probité n’est plus maintenant où tu la places. Elle n’est pas dans l’aveu. Vois-tu, il y a une loi qui nous régit inconsciemment: la loi du moindre effort. Eh bien, il y en a une autre qui doit nous régir consciemment: la loi du moindre tort. Au point où tu en es, le moindre tort que tu puisses faire à ton mari, c’est de le laisser dans l’ignorance. Il faut qu’il garde sa foi ...

—Et moi mon remords ...

—Tu ne penses qu’à toi! s’écria Zonzon. Vous êtes tous les mêmes. Ton remords s’apaisera. Je sais, moi, je sais comment et pourquoi tu l’oublieras. Tandis que si tu parlais, la foi de ton mari en toi serait à jamais ébranlée. Pense donc un peu à lui, que diable! Il t’adore. Il t’adore mal, mais il t’adore. Si tu l’avais vu comme je l’ai vu, affolé par cette absence où il ne voit cependant qu’un caprice ou un malaise. Il vit à peine, avec des sursauts, comme une lampe qui baisse. Rallume-la, bon sang! Ne la laisse pas s’éteindre. Ah! Non, Lucette, n’avoue pas. Ne fais pas ça. Ce serait la dernière faute, la vraie faute.

Il faisait presque nuit. Seules, les lueurs changeantes du foyer les éclairaient toutes deux.

—Alors, dit lentement Lucette, tu es d’avis que je rentre et que je me taise?

—Eh parbleu! oui. Tout à l’heure, pendant que j’écoutais ton aventure, la vérité m’apparaissait lumineuse, transparente. Je lui voyais les dessous! Et elle me conduisait au point où je t’amène.

Lucette, sombre, murmura: