—Peut-être, dit Jean Jarlon, venez-vous de voir les blessés et pourriez-vous me renseigner?... Je suis envoyé par L'Essor...
Le visage de l'inconnu s'illumina. Sa barbe de mage descendait sur une poitrine de ténor. Ses traits étaient nobles. Il sentait bon. Il avait un beau regard brun et caressant, presque oriental. Cet ensemble imposant, assuré, contrastait avec la silhouette efflanquée et le profil avide de Jean Jarlon.
Cependant, d'un geste impétueux, à deux mains, l'inconnu avait saisi le reporter par la manche. Il l'agrippait, le faisait sien. Une sorte de volupté, de concupiscence, gonflait sa face et grésillait dans ses yeux. Il balbutia:
—Vous êtes... vous êtes... envoyé... par le grand journal... L'Essor?... Ah! monsieur, vous ne pouviez pas mieux tomber. Je vais vous donner des détails, tous les détails... C'est moi qui ai porté les premiers secours... Je suis le docteur Pujol.
Avec des gestes persuasifs et pressants, il forçait le reporter à s'asseoir à l'une des tables placées à l'ombre devant l'auberge. Puis il commanda de la bière, emplit les verres. Jean Jarlon se laissait faire. Décidément, il tenait la veine. Il tombait, du premier coup, sur un témoin intelligent, qui avait tout vu, qui avait le premier secouru les victimes. Et, avant même de boire:
—Eh bien?... Est-ce grave?
Le docteur Pujol, négligemment, ferma les yeux, secoua la tête:
—Des écorchures, des contusions, des riens.
Rassuré, le reporter tira son stylo, son papier, but une gorgée de bière, respira.
—Voilà qui va des mieux.