Jarlon releva son stylo et scruta son compagnon d'un regard inquiet:

—Ne craignez-vous pas, dit-il, que ces détails ne paraissent guère à leur place? Ils pourraient faire l'objet d'une notice à part. Si nous revenions...

Le docteur Pujol l'apaisa d'une main caressante:

—Attendez, attendez. C'est très intéressant. Vous allez voir. Écrivez: «En 1886, son père, fonctionnaire distingué, ne craignit pas de s'exiler au Tonkin, alors à peine pacifié.»

Décidé à ménager jusqu'au bout un témoin malgré tout précieux, Jean Jarlon, les ongles dans les paumes, joua la satisfaction:

—Parfait!... Et maintenant, dites-moi: Croyez-vous que la catastrophe soit imputable à la maladresse du conducteur?

Le jeune médecin eut un grand geste détaché. Il fut l'image même de l'impassible Destin:

—Qu'importe!

Puis, de nouveau courbé sur la table, il reprit âprement:

—J'achève: «Le docteur Pujol sut se montrer digne d'une telle lignée. Sa thèse sur l'Influence du sang des pellagreux dans le développement embryonnaire (vous mettrez, dit-il, ces mots en italique) fut fort remarquée. Et si les nécessités de la lutte pour la vie...»