GRAND TOURISME
Lise et Claude—six et sept ans—se sont glissés dans la remise de l'auto. Dans l'ombre fraîche, l'énorme phaéton exhale une bonne odeur d'huile et de métal refroidis. Une raie de soleil brille sous la grande porte close. On n'entend que la brouette du jardinier sur le sable des allées. Le mécanicien a congé. Papa et maman sont en visite. Calme propice! Sécurité favorable! On va donc pouvoir goûter ces délices défendues, grimper dans la voiture, lui au volant, elle à ses côtés, et, de toute l'ardeur de l'imagination, s'élancer à travers le monde, sans changer de place... Écoutez ces chauffeurs intrépides, juchés sur leurs sièges et vivant leur rêve.
LUI.—Moi, je serais le mécanicien.
ELLE.—Tu serais pas un monsieur qui conduit lui-même?
LUI.—Non. J'aime mieux être un mécanicien. C'est plus chic.
ELLE.—Alors, moi, je serais une dame qui tiendrait la carte, pour être à côté de toi?
LUI.—Oui. Où qu'on va?
ELLE, dans son rôle.—Allez au Bois.
LUI.—Tac, tac, tac. Ça, c'est les vitesses. J'ai passé vite.
ELLE, consultant la carte à l'envers.—J'ai changé d'avis. Allez à New-York.