Qui desirera du bien à son païs comme moy, sans s’en vlcerer ou maigrir, il sera desplaisant, non pas transi, de le voir menassant, ou sa ruine, ou vne durée non moins ruineuse, III, 510.

Absent, ie me despouille de tous tels pensemens: et sentirois moins lors la ruyne d’vne tour, que ie ne fais present, la cheute d’vne ardoyse. Mon ame se démesle bien ayséement à part, mais en presence, elle souffre, comme celle d’vn vigneron. Vne rene de trauers à mon cheual, vn bout d’estriuiere qui batte ma iambe, me tiendront tout vn iour en eschec. I’esleue assez mon courage à l’encontre des inconueniens, les yeux, ie ne puis, III, 392.

Mon election est d’eschapper, et me desrober à cette tempeste. Qu’il faille se cacher, ou suyure le vent: ce que i’estime loisible, quand la raison ne guide plus, III, 470.

I’eschappe. Mais il me desplaist que ce soit plus par fortune: voire, et par ma prudence, que par iustice: et me desplaist d’estre hors la protection des loix, et soubs autre sauuegarde que la leur, III, 414.

Non sans quelque excez, i’estime tous les hommes mes compatriotes: et embrasse vn Polonois comme vn François, postposant cette lyaison nationale, à l’vniuerselle et commune. Ie ne suis guere feru de la douceur d’vn air naturel, III, 428.

Socrates estimoit vne sentence d’exil pire, qu’vne sentence de mort contre soy: ie ne seray, iamais ny si cassé, ny si estroittement habitué en mon païs, que ie le feisse, III, 428.

Mon iugement m’empesche bien de regimber et gronder contre les inconuenients que Nature m’ordonne à souffrir, mais non pas de les sentir. Ie courrois d’vn bout du monde à l’autre, chercher vn bon an de tranquillité plaisante et eniouee, moy, qui n’ay autre fin que viure et me resiouïr, III, 184.

Tout au commencement de mes fieures, et des maladies qui m’atterrent, entier encores, et voisin de la santé, ie me reconcilie à Dieu, par les derniers offices Chrestiens. Et m’en trouue plus libre, et deschargé; me semblant en auoir d’autant meilleure raison de la maladie, III, 446.

Il ne me faut rien d’extraordinaire, quand ie suis malade. Ce que Nature ne peut en moy, ie ne veux pas qu’vn bolus le face, III, 446.

De notaire et de conseil, il m’en faut moins que de medecins. Ce que ie n’auray estably de mes affaires tout sain, qu’on ne s’attende point que ie le face malade. Ce que ie veux faire pour le seruice de la mort, est tousiours faict. Ie n’oserois le dislayer d’vn seul iour. Et s’il n’y a rien de faict, c’est à dire, ou que le doubte m’en aura retardé le choix: car par fois, c’est bien choisir de ne choisir pas: ou que tout à faict, ie n’auray rien voulu faire, III, 446.