En noz actions accoustumees, de mille il n’en est pas vne qui nous regarde, I, 416.

La plus part des regles et preceptes du monde prennent ce train, de nous pousser hors de nous, et chasser en la place, à l’vsage de la societé publique, III, 490.

La societé publique n’a que faire de nos pensees: mais le demeurant, comme nos actions, nostre trauail, nos fortunes et nostre vie, il la faut prester et abandonner à son seruice et aux opinions communes, I, 176.

La volonté et les desirs se font loy eux mesmes, les actions ont à la receuoir de l’ordonnance publique, III, 88.

Les hommes se donnent à louage. Leurs facultez ne sont pas pour eux; elles sont pour ceux, à qui ils s’asseruissent; leurs locataires sont chez eux, ce ne sont pas eux. Il faut mesnager la liberté de nostre ame, et ne l’hypotequer qu’aux occasions iustes; lesquelles sont en bien petit nombre, si nous iugeons sainement, III, 486.

L’occupation est à certaine maniere de gents, marque de suffisance et de dignité. Leur esprit cherche son repos au bransle, comme les enfans au berceau. Ils se peuuent dire autant seruiables à leurs amis, comme importuns à eux mesmes. Personne ne distribue son argent à autruy, chacun y distribue son temps et sa vie. Il n’est rien dequoy nous soyons si prodigues, que de ces choses là, desquelles seules l’auarice nous seroit vtile et louable. Pour l’vsage de la vie, et seruice du commerce public, il y peut auoir de l’excez en la pureté et perspicacité de noz esprits. Cette clarté penetrante, a trop de subtilité et de curiosité. Pourtant se trouuent les esprits communs et moins tendus, plus propres et plus heureux à conduire affaires. Et les opinions de la philosophie esleuées et exquises, se trouuent ineptes à l’exercice, III, 486.

La grauité, la robbe, et la fortune de celuy qui parle, donne souuent credit à des propos vains et ineptes. Il n’est pas à presumer, qu’vn monsieur, si suiuy, si redouté, n’aye au dedans quelque suffisance autre que populaire: et qu’vn homme à qui on donne tant de commissions, et de charges, si desdaigneux et si morguant, ne soit plus habile, que cet autre, qui le salue de si loing, et que personne n’employe, III, 350.

Celuy qui va en la presse, il faut qu’il gauchisse, qu’il serre ses couddes, qu’il recule, ou qu’il auance, voire qu’il quitte le droict chemin, selon ce qu’il rencontre. Qu’il viue non tant selon soy, que selon autruy: non selon ce qu’il se propose, mais selon ce qu’on luy propose: selon le temps, selon les hommes, selon les affaires. Somme, il faut viure entre les viuants, et laisser la riuiere courre sous le pont, sans nostre soing: ou à tout le moins, sans nostre alteration, III, 346.

De vray, pourquoy sans nous esmouuoir, rencontrons nous quelqu’vn qui ayt le corps tortu et mal basty, et ne pouuons souffrir le rencontre d’vn esprit mal rengé sans nous mettre en cholere? Cette vitieuse aspreté tient plus au iuge, qu’à la faute, III, 346.

Ceux, qui se desrobent aux offices communs, et à ce nombre infini de regles espineuses, à tant de visages, qui lient vn homme d’exacte preud’hommie, en la vie ciuile: font, à mon gré, vne belle espargne: quelque pointe d’aspreté peculiere qu’ils s’enioignent. C’est aucunement mourir, pour fuir la peine de bien viure. Ils peuuent auoir autre prix, mais le prix de la difficulté, il ne m’a iamais semblé qu’ils l’eussent. Ny qu’en malaisance, il y ait rien audelà, de se tenir droit emmy les flots de la presse du monde, respondant et satisfaisant loyalement à touts les membres de sa charge, II, 644.