2, Oubly.—C’est pourtant là le moyen le plus efficace, peut-être le seul de retrouver le calme et de n’être pas trop malheureux. Ressasser constamment, au contraire, en son esprit, les griefs vrais ou imaginaires que l’on peut avoir contre les hommes ou contre les choses, rend l’existence insupportable. «Ce qui est passé, est mort,» dit un proverbe arabe; et, quand on s’y applique, il n’est pas si malaisé que le dit Montaigne. La nature nous y aide, en atténuant avec le temps nos souvenirs; mais il faut pour cela écarter résolument et aussi souvent qu’ils se présentent à nous, les sujets dont nous voulons nous dégager; et, si nous y joignons une occupation suivie qui empêche que nous ne demeurions sans cesse en tête-à-tête avec nos pensées, sur ce point comme sur bien d’autres, la volonté finit par avoir raison de toute obsession, quelle qu’elle soit.

13, Perdre.—«On s’en souvient, en songeant qu’il faut qu’on l’oublie.» Moncrif.

17, Ausus.—D’Épicure.

31, Acceptassent.—Il est douteux que semblable marché soit accepté de quiconque a encore du sang dans les veines. Cette vie agréable et tranquille que les Italiens qualifient de vita del beato porco (vie béate du porc) ne saurait convenir à qui a du cœur et se sent capable de faire mieux, état d’âme que Racine a mieux su rendre que Montaigne, quand il fait dire à Achille:

«Je puis choisir, dit-on, ou beaucoup d’ans sans gloire,

Ou peu de jours suivis d’une longue mémoire;

Mais, puisqu’il faut enfin que j’arrive au tombeau,

Voudrais-je, de la terre inutile fardeau...

Et toujours de la gloire évitant le sentier,

Ne laisser aucun nom et mourir tout entier?»