—Ah! mère! Vous n'avez jamais voulu me dire son nom!
—Eh bien, tu vas le savoir! L'heure est venue. Ton père, Loïse, s'appelait... François de Montmorency!
Loïse jeta un faible cri.
—Achevez, ma mère! s'écria-t-elle.
Non pas qu'elle fût éblouie de ce grand nom, elle qui s'était toujours crue de pauvre naissance; mais elle se souvenait alors que sa mère lui avait toujours appris que l'un des deux hommes qu'elle devait le plus redouter au monde s'appelait Henri de Montmorency.
Palpitante, elle se suspendit, pour ainsi dire, aux lèvres de sa mère, qui continua:
—Ton père, Loïse, était parti pour une rude campagne. Je le croyais mort. Un jour—jour de joie infinie et de malheur implacable—j'appris qu'il vivait, j'appris qu'il était de retour et qu'il accourait vers moi... Or, sache que l'homme qui me donnait ces nouvelles, c'était le frère de ton père, et c'était Henri de Montmorency! Apprends aussi une chose, mon enfant! C'est que cet homme, avant de me donner ces nouvelles, t'avait fait enlever par un misérable... un tigre, comme il l'appela lui-même. Et après m'avoir appris le retour de ton père, après m'avoir appris qu'il t'avait fait enlever, il ajouta que, si je démentais les paroles qu'il allait prononcer en présence de mon époux, sur un signe de lui, tu serais égorgée!
—Horreur!...
—Oui, horreur! Car jamais nul ne saura ce que je souffris lorsque, devant mon époux, Henri de Montmorency m'accusa de félonie! Je voulus protester! mais, à chacun de mes gestes, je voyais son bras prêt à donner le signal de ta mort au tigre qui t'avait emportée... Je me tus!...
—Oh! mère! mère! s'écria Loïse en se jetant dans les bras de Jeanne, comme vous avez dû souffrir!