—Non! ne fuyez pas! Arrangez-vous simplement pour que la lettre ne parvienne pas au roi!

—Et comment?

—Un seul homme est capable d'arrêter cette lettre dans sa route: c'est moi. Faites-moi sortir d'ici; dans une heure, je suis chez mon ami, je reprends la lettre, et je la brûle.

—Et qui me garantit que vous feriez cela? balbutia-t-il.

—Monsieur, s'écria le chevalier, regardez-moi. Je vous jure sur ma tête que, si vous me faites sortir, cette lettre ne parviendra pas au roi. Puisse-je être foudroyé si je mens!... Et maintenant, écoutez: ceci est votre dernière chance. Je ne vous dirai plus rien; si vous ne me relâchez, le roi que je sauve me fera bien relâcher, lui! Qu'est-ce que je risque? De rester ici un jour, deux jours au plus... Tandis que vous... si vous ne me faites sortir, vous êtes un homme mort...

Guitalens demeura quelques minutes effondré sur l'escabeau, faisant d'incroyables efforts pour ressaisir sa pensée vacillante. Le coup qui le frappait était vraiment terrible; il se voyait condamné à mort; et quelle mort! quelque supplice effroyable briserait sans doute son corps avant qu'il ne se balançât au bout de l'une des cordes de Montfaucon! Il claquait des dents.

—Jurez-moi, bégaya-t-il, jurez-moi... sur le? Christ... sur l'Evangile... que vous arriverez à temps...

—Je jurerai tout ce que vous voudrez, fit Pardaillan d'une voix très calme, mais je vous ferai observer que le temps passe... vos gardes eux-mêmes vont s'étonner...

—C'est vrai! fit Guitalens en essuyant son front couvert de sueur. Monsieur, dans une demi-heure, vous serez dehors.

Pardaillan eut assez de puissance sur lui-même pour commander à son visage de n'exprimer qu'une joie de politesse.