—Voyons, reprit la reine avec son bon sourire, avouez-moi que vous êtes fatiguée... Eh! mon Dieu, je comprends cela, moi! Je vous demandais un dernier service, voilà tout. Si cela dépasse vos forces, ne croyez pas au moins que j'en profite pour rétracter mes promesses. Si vous voulez vous reposer dès maintenant, sachez que je tiendrai tout ce que j'ai promis, la dot de mariage, les écus, les bijoux, tout!

Alice étudiait avec une attention passionnée les paroles, le geste, la voix, la physionomie entière de la reine. La reine était vraiment naturelle; il fut impossible à l'espionne de surprendre un indice d'affectation ou d'ironie.

—Oh! madame, s'écria-t-elle en joignant les mains, si Votre Majesté daignait m'y autoriser!...

—T'autoriser? A quoi?

—Eh bien, oui, je suis fatiguée... au-delà de ce que Votre Majesté pourrait supposer...

—Ainsi, ce n'était pas le nom de l'homme qui te faisait pâlir?

—Le nom de cet homme?... mais je l'ai déjà oublié, Majesté!... celui-là ou un autre... qu'importe! Et lors même qu'il me ferait horreur. Votre Majesté sait que je passerais outre... Non, madame, c'est la fatigue, la fatigue seule... Oh! j'ai besoin de repos... de solitude... je ne demande rien à Votre Majesté... D'ailleurs, elle m'a déjà comblée... je suis riche, j'ai des terres, des bijoux plus que je n'en désire... tout cela je le donnerais pour être un peu moi-même, pouvoir aller, venir, rire et pleurer à ma guise... surtout pleurer!...

Catherine hochait doucement la tête.

—Pauvre petite! murmura-t-elle comme à part soi, comme elle a l'air de souffrir! C'est de ma faute aussi... j'aurais dû m'apercevoir que cette enfant aspirait à une vie de calme.

L'espionne tomba à genoux et sanglota: