Pardaillan reconnut immédiatement deux d'entre eux: Téligny, qu'il venait de voir, et l'amiral Coligny qu'il avait eu l'occasion de voir de loin deux ou trois fois.
Le comte de Marillac, tenant toujours Pardaillan par la main, s'avança jusqu'à la table et dit:
—Sire, et vous, monseigneur, et vous, monsieur l'amiral, et vous, mon cher colonel, voici le sauveur de la reine, M. le chevalier Jean de Pardaillan.
A ces mots, ces personnages levèrent sur le chevalier des yeux pleins de bienveillance, de cordialité et d'admiration.
—Touchez là jeune homme! s'écria, le premier, Coligny. Vous avez évité à la réforme un irréparable malheur.
Le chevalier saisit la main qui lui était tendue avec un respect et une émotion visibles.
—Et, moi aussi, je veux toucher cette main qui a sauvé ma mère, dit alors avec un fort accent gascon des plus désagréables un jeune homme de dix-sept à dix-huit ans, qui n'était autre que le roi de Navarre, futur roi de France sous le nom d'Henri IV.
Pardaillan plia le genou, selon les usages de l'époque, saisit la main royale du bout de ses doigts et s'inclina sur elle avec une grâce altière qui provoqua l'admiration du personnage placé à côté du roi.
C'était un tout jeune homme aussi, paraissant à peine dix-neuf ans, mais il y avait dans sa physionomie et ses attitudes on ne sait quoi de chevaleresque et d'imposant qui manquait au Béarnais. C'était Henri Ier de Bourbon, prince de Condé, cousin d'Henri de Navarre.
Le prince de Condé tendit, lui aussi, la main a Pardaillan mais, au moment où celui-ci s'inclina, il l'attira à lui et l'embrassa cordialement en disant: