—Et tu dis que ceci est arrivé vers quelle heure?

—Mais il pouvait être onze heures du matin, monsieur.

—Juste au moment où je bâillonnai maître Didier!

—Je ne vous comprends pas, mon père.

—Je te raconterai cela. Mais poursuis ton récit. Tu en étais au moment où tu bâillonnes Gillot...

—Oui. Vous pensez si j'étais inquiet. Une heure se passe, puis deux! Pour comble, le flambeau consumé jette ses dernières lueurs et s'éteint. Me voilà dans une profonde obscurité, assis sur les marches de l'escalier, écoutant avec une profonde anxiété, attendant que quelque officier de cave vienne chercher du vin pour me frayer un passage au-dehors, le pistolet d'une main, le poignard de l'autre. Mais les heures passent. Je n'entends aucun bruit. Et songeant à ce qu'avait dit Gillot à Jeannette, songeant à cette voiture qui devait être prête pour onze heures, je me demande avec angoisse si les prisonnières vont être enlevées sans que je sache où on les conduit, sans que je puisse rien faire pour les délivrer!...

—J'avoue que ta position n'était pas gaie. Mais, enfin, tu as pu ouvrir la porte?

—Non, elle m'a été ouverte... par Jeannette.

—Bonne petite Jeannette!

—Vite, vite, me dit-elle. J'ai pu prendre la clef pour une minute. Sauvez-vous!