—Quelle heure est-il? lui demandais-je tout enfiévré.

—Un peu plus de dix heures.

Je respire; la voiture ne doit partir qu'à onze heures!

J'embrasse Jeannette de tout mon coeur.

Vous reviendrez? me demanda-t-elle.

—Certes! Comment pourrais-je t'oublier!

—Et Gillot? fait-elle tout à coup en se rappelant son fiancé.

—Gillot? Il dort!...

Alors elle s'élance dans les caves. Moi, je gagne le jardin. Je le traverse en quelques bonds. Je trouve la porte fermée. Je saute par-dessus le mur. Je fais le tour de l'hôtel. Et, voyant qu'il est trop tard pour aller prévenir les personnes que cette affaire intéressait, je me décide à attendre seul la voiture... Au bout d'une demi-heure, je vois la grande porte de l'hôtel s'ouvrir. Je vais me poster au coin de la première ruelle. La voiture s'y engage. Et je remarque qu'elle est escortée par un seul cavalier qui marche en avant. Mon plan est aussitôt fait; abattre le postillon d'un coup de pistolet, désarçonner le cavalier, l'obliger à se battre avec moi, le tuer ou le blesser, puis défoncer les mantelets de la voiture et délivrer les prisonnières... Je fais feu sur le postillon... Vous savez le reste, mon père!...

—Mais, fit alors le vieux routier, je t'avais demandé de me raconter tout ce que tu as fait depuis mon départ, et ceci n'est qu'une journée.