Il alla retrouver Pardaillan qui s'était à moitié endormi dans un fauteuil et lui expliqua ce qui se passait.

—Voici, ajouta-t-il en terminant, ce que j'attends de vous, mon ami. Mon absence peut durer un mois. En cette affaire, c'est un bonheur que j'aie songé à vous présenter à Alice. Vous irez la voir; vous lui direz que je vais retrouver la reine de Navarre, et, pour que la séparation lui soit adoucie, dites-lui que je compte profiter de ce voyage pour raconter notre amour à la reine. Il est vraisemblable que Jeanne d'Albret va venir à Paris: à ce moment-là, j'espère, rien ne s'opposera à ce qu'Alice devienne ma femme.

Les deux amis passèrent une heure encore à deviser de ce qui les intéressait le plus au monde. Pardaillan de Loïse, et Marillac, d'Alice de Lux. Puis ils s'embrassèrent, et le chevalier regagna l'hôtel de Montmorency pour y prendre un peu de repos.

Quant à Marillac, il partit au point du jour comme c'était convenu.

Quelques jours plus tard, le bruit commença à se répandre dans Paris que la paix de Saint-Germain, de boiteuse et mal assise qu'elle était, allait devenir parfaitement solide sur ses pieds et tout à fait inamovible.

Bientôt, ce fut bien mieux: on apprit que le roi Henri de Béarn devait épouser Marguerite de France et que des fêtes magnifiques devaient avoir lieu à ce propos, et que Jeanne d'Albret allait faire son entrée dans Paris, escortée de tout ce que le royaume comptait de huguenots illustres.

Le chevalier de Pardaillan, pendant toute cette période, erra à travers Paris, comme une âme en peine. Ses recherches pour retrouver Loïse n'aboutissaient à aucun résultat.

Le maréchal de Montmorency, de plus en plus sombre, commençait à perdre tout espoir. Et le pauvre chevalier en arrivait à se dire que, sans aucun doute, Loïse et sa mère avaient été entraînées au fond de quelque province.

Quant à son père, non seulement il ne lui apportait pas les nouvelles promises, mais il avait complètement disparu.

Le chevalier avait, le jour même du départ de son ami, tenu sa promesse en allant voir Alice de Lux. Celle-ci l'accueillit avec une sorte de joie fiévreuse, qui était bien rare chez cette fille habituée à la plus extrême prudence. Son premier mot fut pour demander si son fiancé n'avait pas été assailli, en sortant de chez elle.