Alice, qui rouvrait les yeux, aperçut le chevalier.
—Non, répondit-elle en faisant un effort presque sublime.
—Une joie, alors? insista l'atroce vieille.
—Oui!... fit Alice d'une voix infiniment triste.
L'instant d'après, elle paraissait remise. Elle avait, d'ailleurs, repris son sang-froid et reconquis cette force d'âme qui faisait d'elle une femme réellement extraordinaire. Le chevalier, par discrétion, voulut se retirer. Mais elle le retint et voulut savoir par le détail tout ce que Pardaillan savait.
Enfin, il se retira, plus intrigué que jamais, se promettant bien de déchiffrer le mystère qu'il devinait là. Mais, lorsque, quelques jours plus tard, il voulut faire une visite à Alice, il trouva la maison fermée comme l'hôtel de Mesmes. Il interrogea des voisins; mais nul ne put lui donner le moindre renseignement.
Le chevalier, désoeuvré, mortellement ennuyé, employait donc le plus clair de son temps à se promener dans Paris. Un jour qu'il avait franchi les ponts et qu'il errait dans l'Université, le hasard le conduisit sur la montagne Sainte-Geneviève, dans une ruelle solitaire, qui longeait le couvent des Carmes, sur son flanc gauche.
Diverses maisons s'adossaient aux murailles du couvent des Barrés. Et même, plusieurs de ces maisons, par une porté de derrière, communiquaient avec le couvent. C'étaient en général des boutiques que les moines subventionnaient en secret, et où on vendait des objets de piété.
Dans l'une de ces boutiques, on fabriquait des fleurs artificielles, comme on en met sur les autels, dans les églises.
Ce jour-là, comme il faisait très chaud, les gens de la boutique travaillaient sur le pas de la porte, dans la rue.