—Oui, madame, j'ai vu ma mère... et ma mère a reconnu en moi le fils qu'elle a abandonné...

—Êtes-vous bien sûr de cela?

—Votre Majesté va en juger. Ma mère n'a pas prononcé un mot d'affection; ma mère n'a pas eu un geste qui pût laisser supposer qu'elle me reconnaissait: ma mère n'a pas eu pour moi un regard de pitié...

—Courage, mon enfant, dit Jeanne d'Albret.

—C'est fini, madame. Je ne crois pas que la reine Catherine soit autre chose pour moi qu'une reine ennemie. Je n'ai parlé à Votre Majesté que des propositions que la reine mère me chargeait de lui porter. Mais, à moi aussi, elle a fait une proposition...

—A vous comte! s'écria Jeanne en tressaillant.

—La voici, madame: on offrirait à Sa Majesté Henri de Béarn le trône de Pologne, de façon que la Navarre se trouve sans roi...

—Et alors? dit Jeanne d'Albret.

—Alors, Majesté, si le roi votre fils acceptait de régner sur la Pologne, on mettrait un autre roi sur le trône de Navarre... et ce roi, madame... ah! c'est à peine si j'ose vous répéter ces étranges combinaisons ce serait moi!...

Jeanne d'Albret demeura longtemps silencieuse et méditative. Oui! comme l'avait dit le comte, c'était bien là une preuve absolue que Catherine de Médicis avait reconnu son fils en Déodat...