Quant à l'éventualité qu'Henri de Béarn pût aller occuper le trône de Pologne, Jeanne résolut de ne pas s'y arrêter un instant. Certes, la Pologne était un beau royaume. Mais Jeanne d'Albret, Navarraise dans l'âme, n'eût pas abandonné son pays même pour le trône de France.

Et quant à Henri lui-même, malgré son extrême jeunesse, elle lui soupçonnait de plus vastes ambitions, et peut-être qu'un jour le roi de France fût un Bourbon et qu'il portât ce double titre: Roi de France et de Navarre...

—Que pensez-vous de cette royauté qu'on vous offre?

—Je pense, madame, répondit sans hésitation le comte de Marillac, que je me sens inapte à régner. Je n'ai pas la taille d'un roi. J'ajoute que je n'envisagerais pas sans une sorte d'horreur la nécessité de m'installer dans la maison de mon roi, de ma reine.

Le comte était fort ému en prononçant ces paroles.

—Madame, ajouta-t-il, si j'osais parler de bonheur, moi que jusqu'à ce jour vous avez vu désespéré... y a-t-il un bonheur possible pour moi?... Ah! madame, l'heure est venue de vous dire toute ma pensée, de vous parler à coeur ouvert, comme à la seule qui m'ait témoigné quelque intérêt.

—Eh bien, comte?...

—Eh bien, madame, j'aime!...

Le visage de Jeanne d'Albret s'éclaira.

—Cher enfant! Si vous saviez comme je suis heureuse... Car, si vous aimez, c'est que vous devez être aimé... comme vous le méritez...